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Le synode du Poiré-sur-Vie a-t-il eu lieu le 4 août 1795 ?

Un synode est une assemblée relative aux questions concernant une Église diocésaine. Avant la Révolution, des synodes, parfois annuels, réunissaient les prêtres d’un même diocèse. Dans ses mémoires parus en 1842, Mgr Brumauld de Beauregard, qui avait été grand vicaire du dernier évêque de Luçon, rapporte qu’il put gagner la Vendée en juillet 1795 et qu’il y réunit une soixantaine de prêtres en synode. Bien que Charette eut repris les armes fin juin, le régime établi par la « paix de la Jaunaie » valait à la Vendée une tolérance du culte catholique qui n’était pas de mise ailleurs en France. La persécution des prêtres réfractaires y reprit cependant plus tard. Il s’agit donc d’un événement absolument extraordinaire au niveau national, mais pourtant fort mal documenté. 

  

60 prêtres se sont-ils vraiment réunis le 4 août 1795 ? 

Depuis 1904, une liste de 57 prêtres présents au synode du Poiré, le 4 août 1795, provient du Clergé vendéen victime de la Révolution française, une publication de l’abbé Baraud. À parcourir les registres paroissiaux clandestins de cette époque, on constate toutefois que quatre d’entre eux administraient alors des sacrements dans des lieux parfois fort éloignés du Poiré ; ils sont même une douzaine si on élargit la période à la veille et au lendemain du 4 août. 

Est-ce la date du synode qui est sujette à caution ou le nombre de prêtres ? Voyons-le plus précisément. 

  

De quelles sources dispose-t-on pour connaître ce synode ? 

La première mention de ce synode paraît provenir des Mémoires de son organisateur, Brumauld de Beauregard, édités en 1842, l’année après sa mort. Il ne livre toutefois ni date ni nom. Sa famille découvrit par la suite quelques papiers, aujourd’hui conservés aux archives diocésaines de Poitiers. M. de Gouttepagnon en publia deux pièces dans la Revue du Bas-Poitou, en 1890. La bibliographie ne paraît pas en disposer d’autres. N’existe-t-il vraiment aucune autre source indépendante de celles-ci pour évoquer ce synode ? 

  

Que décida-t-on au synode du Poiré-sur-Vie ?   

L’une des deux pièces susdites contient des arrêtés de ce synode. En connaît-on d’autres copies ou publications ? 

Il ne s’agit que d’un extrait, dénué de toute forme authentique, concernant la tenue des sacrements, le sort des nécessiteux, laïcs ou religieux, ainsi que les frais engagés par les prêtres. N’y aurait-il pas eu d’autres articles ? Les mémoires de Brumauld évoquent par exemple des « règlements » établissant que le service du culte serait gratuit. 

  

Quels prêtres étaient concernés par le synode du Poiré ?  

Le deuxième document des papiers Brumauld de Beauregard, publié à la suite du premier, dresse la liste des « prêtres catholiques qui travaillent au saint ministère dans les arrondissements des armées catholiques et royales du pays bas et du Centre, diocèse de Luçon. » Ils sont 53, auxquels quatre ont été ajoutés d’une autre main en fin de liste : Jagueneau (pour La Guyonnière), Gruchy (Venansault) et les deux vicaires généraux, Charette de la Colinière ainsi que Brumauld lui-même. On n’arrive donc presque au nombre de 60 qu’annonce ce dernier dans ses mémoires. Toutefois cette liste ne prétend pas être celle des présents, mais elle correspond plutôt à un recensement des prêtres en exercice dans le ressort de l’ancien diocèse de Luçon, ceux dont le vicaire général confirma justement les pouvoirs au nom de l’évêque. Brumauld n’écrit-il pas : « on régla l’étendue de la juridiction de chaque ecclésiastique » ? C’est de cette liste, dont l’abbé Baraud fait tout à coup celle des participants au synode. Or les actes paroissiaux s’inscrivent en faux sur la réunion de tous le 4 août. 

Peut-on préciser mieux encore l’emploi du temps des prêtres et identifier les jours où ils ont pu se rencontrer en nombre, et ceux où ils étaient vraiment dispersés ? 

  

Liste des participants supposés au synode, dressée par J. Rouillé
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Le synode eut-il vraiment lieu le 4 août 1795 ? 

Les articles de ce synode sont datés, en tête et en queue du document, du 4 août 1795, seule mention connue de cette date. Il ne s’agit toutefois pas d’une pièce en forme authentique. Même si elle paraît « d’époque », elle peut être postérieure de quelques années. Y aurait-il eu erreur sur la date, dans ce document que rien ne vient encore corroborer ? Peut-on imaginer que le synode s’est tenu sur plus d’une journée, et qu’il n’ait du coup pas rassemblé tous ses participants lors de sa clôture ? 


Date de publication : 02 juin 2022

Auteur du billet : Joël Rouillé

Liste des commentaires

Le 09/06/2022 à 07h32, Rouillé Bernard a écrit :

A t-il été possible, qu'une soixantaine de prêtres se rassemble sans que le pouvoir républicain ne soit au courant ?
Existe t-il des sources côté républicain ?

Le 01/07/2022 à 12h19, moreau a écrit :

faute d'informations nouvelles sur le synode, faudait-il s'interroger sur l'abbé Baraud ?
un exemple :
Selon le dit abbé , Vital Leteur, maire de Saint-Hilaire-la-Forêt, comparaît lors de la séance tenue au District des Sables le 11 juin 1792 . L'Ètoile de la Vendée, 20 aoüt 1908 , http://recherche-archives.vendee.fr/ark:/22574/vta4b8c8adda50e621d/daoloc/0/idsearch:RECH_ba3852f19fd7fc6015093cae3fb57d2f#id:547786471?gallery=true&brightness=100.00&contrast=100.00&center=855.232,-2869.664&zoom=9&rotation=0.000

Sauf que : Louis-Vital Leteur, par ailleurs fermier de la Grange-de-Jard, est procureur de la commune de Jard avant le 4 juin 1792 (signature) ; il l'est encore le 21 août : Archives communales/Jard /Délibérations municipales 1790-1816 ; à partir de la vue 38/95 , https://etatcivil-archives.vendee.fr/ark:/22574/s005e21184ec0cd3/5e21184ed32cf
Il est improbable qu'il ait occupé en même temps le poste de maire de Saint-Hilaire-de-la-Forêt et celui de procureur de Jard .
(A son crédit/ le Lesage qu'il mentionne dans la même notice est bien officier municipal de Jard) .
A minima : l'abbé Baraud avait une fâcheuse, et bien compréhensible, sinon aimable, tendance à mélanger ses fiches. (osera-t--on dire ici qu'il n'est jamais très loin de ses pompes, mais  souvent (?) à côté.
Si l'on souhaite aller au-delà, on peut aussi confronter la monographie sur Triaize qu'il a publiée dans l'Hebdomadaire du diocèse (en1892 de mémoire) aux sources conservées (notamment les délibérations municipales) ; et se demander s'il ne s'agit que d' ... un mélange de fiches.
très cordialement et très Grand courage,
philippe moreau/ et NdV 1149

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