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Bazoges-en-Pareds : des linteaux de pierre gravés témoins de l'histoire d'une ancienne métairie ?

Le linteau de porte, c’est ce qu'on donne à voir à l'extérieur, certains propriétaires y ont ainsi fait graver des symboles politiques (fleurs de lys, symboles francs-maçons, etc.), religieux (croix, cœurs, calice, IHS, etc.) ou païens pour attirer sur la maison, bonheur et prospérité. D’autres y font apposer des motifs décoratifs (rosace, motifs végétaux, etc.) ou représentatifs d’une profession (tenailles, marteau…). On y trouve enfin des marques de tacherons. 

Au Grand Logis, situé dans le bourg de Bazoges-en-Pareds, plusieurs linteaux sont gravés du symbole « C » ou « Ͻ », en forme de fer à cheval ou de croissant de lune : 

- Au n°60 de la rue de Lattre de Tassigny, le linteau de pierre de la porte principale est gravé sur la gauche d’un "Ϲ", puis sur la droite un "Ͻ". L'espace central de la pierre est lisse. 

- Au n°56 de la même rue, à l'arrière dans la partie "Étable", la clé de l’arc d’une ouverture condamnée est gravée d’un "Ͻ" sur la gauche. 

S'agit-il d'une marque politique, religieuse, païenne, professionnelle ou décorative ? D’une marque technique d’un tailleur de pierre ? D’un symbole lié à la maison ? D’un signe ésotérique ou d’un repère ? 

  

  

A priori ce symbole ne se retrouve pas ailleurs dans le bourg de Bazoges. Par ailleurs, d’autres linteaux du Grand Logis sont gravés : 

- Un linteau démonté porte trois fleurs de lys ; il provient certainement du "bâtiment rasé" dans les années 1970. Ces fleurs de lys, qu’on retrouve dans le donjon et dans l’église, ont inspiré le blason de la commune. Alain Rouhaud, historien local, les associe à Catherine de Montberon, grand-mère de Jean III Girard ( bulletin municipal 2003, p. 85 et s.) 

- Au n°62 dans la "coulée", le linteau de fenêtre est gravé d'une phrase en vieux français difficile à déchiffrer (lettres mises en relief avec de l'eau sur le cliché), où l’on devine le mot "veuve" en haut à droite. Le sens peut-il en être trouvé ? 

  

Interrogé Clément Brusseau, qui vient de soutenir un master sur la seigneurie de Bazoges-en-Pareds à l’Université de Poitiers, suggère que l’ensemble des bâtiments pourraient dépendre de l'ancienne métairie dite "les Sappinauderies". La famille Sapinault figure dans les dénombrements et aveux aux 15e et 16e siècles sous les seigneurs Girard. 

Alain Rouhaud précise que la métairie disparait de la documentation au début du 17e siècle ( bulletin municipal 2021, p. 41). 

Sur le cadastre napoléonien levé en 1834, les bâtiments appartiennent à la famille Roulleau. À la fin du 19e siècle, Henry Pervinquière en devient propriétaire. Vers 1950, une héritière, Mlle Pervinquière, vend le logis à René Ferchaud. 

  

  

Cet ensemble de bâtiments constituerait-il l’ancienne métairie qui aurait subi des transformations à travers les âges en même temps que le développement urbain du bourg, des progrès architecturaux, et des besoins de la communauté ? 

D'abord métairie située en bordure des douves et à l'entrée Est des remparts, appartenant au fief du château sous les seigneurs Luneau et Girard, le corps de logis et les communs auraient été transmis en exploitation à la famille Sapinault sous Jean III Girard (1542), puis auraient été intégrés au fief du Verger (château rénové style renaissance) en tant que borderie et/ou hébergement des domestiques. Ce qui lui aurait valu d’être connu dans la transmission orale comme logis-ferme et qualifié de "Grand Logis". 

Merci pour votre aide. 


Date de publication : 01 décembre 2021

Auteur du billet : Manuel Morin

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