L@boratoire des internautes

Et si la Vendée s’était appelée les Deux-Lays ?

Faisant table rase du passé, la Révolution supprima les provinces au profit d'une division plus égalitaire en départements. Ils faillirent être en carrés, taillés au cordeau... Pour rompre avec l'histoire, on ne leur attribua que des noms géographiques, essentiellement ceux des cours d'eau.  

Pourquoi avoir choisi la rivière Vendée pour nommer notre département ?  

Dans le numéro spécial de l’Illustration économique et financière du 22 mars 1930, consacré à la Vendée, le Dr Barbanneau explique comment elle devint « la marraine du département » :  

« On n’avait pas de cours d’eau important, sauf le Lay (…). Mais le nom du département du Lay sonnait mal à l’oreille ; et comme il y a le grand et le petit Lay, le rapporteur proposa le nom de Département des Deux-Lays. C’était logique après l’appellation Deux-Sèvres. Deux députés de l’Ouest, Larevellière-Lepeaux et Alquier, bondirent furieux, injuriant le rapporteur, lui reprochant véhémentement de les ridiculiser par un affreux calembour.  Il faut savoir que les deux députés n’avaient physiquement que des rapports extrêmement lointains avec Apollon, fût-il du Belvédère. Et dans l’appellation des Deux-Lays (les deux laids), ils trouvaient une injure personnelle... On finit par où on aurait dû commencer : chercher un autre nom… » 

Cette explication est-elle avérée ? En connaît-on une source fiable ?  

Le premier argument n'est pas crédible : département des Deux-Lays ne sonne pas mieux à l'oreille que département du Lay. Le second ne l'est pas plus. Un homme laid peut avoir conscience de son état, mais de là à se sentir visé en même temps qu’un seul autre ?  

S'il s'agit d'une légende, à quand remonte-t-elle ? Qui l'a colportée ?  

Les histoires populaires de la Vendée répètent cette anecdote. L'histoire savante aussi ? Arrive-t-on à en retrouver trace avant la milieu du XIXe siècle ? Quels auteurs l'ont transmise ? Finalement, qui en est l'auteur ?  

Le nom de la Vendée serait-il tout simplement plus légitime que celui du Lay ?  

Comme dans la majorité des départements, c'est la rivière qui arrose le chef-lieu. Toutefois le choix de Fontenay-le-Comte a-t-il vraiment précédé celui du nom du département ? 


Date de publication : 28 juin 2012

Auteur du billet : Betty Debelloir

Liste des commentaires

Le 29/06/2012 à 02h06, Jean-Pierre LOGEAIS a écrit :

Dans " La Vendée ", Louis Chaigne attribue l'admission du nom du département à " un des représentants du pays, BOURON, et (à) un membre de l'administration départementale, MERCIER du ROCHER, remarquables par leur laideur, et redoutant une allusion à leur commune disgrâce physique ".

Le 30/06/2012 à 19h52, Archives Vendée £ a écrit :

Voici une seconde tradition : les députés laids ne seraient plus La Revellière Lepeaux et Alquier, mais Bouron et Mercier du Rocher ! A croire que la députation de la (future) Vendée avait été le fruit d'un concours de laideur !

C'est en tout cas un bon indice du caractère légendaire d'une histoire si drôle qu'on l'applique à qui l'on veut.

Louis Chaigne rapporte cette histoire après le Dr Barbanneau, cité plus haut (1930), puisque la première édition de sa "Vendée" remonte à 1934, et sa mise à jour à 1958. Il la rapporte différemment : elle court donc déjà sans contrôle.

Google, qui fouille jusque dans les pages d'accroche mises en ligne par le Centre vendéen de recherche historique, en signale encore d'autres citées d'ans l'anthologie de Pierre Rézeau (Voyageurs en Vendée):
- en 1898, Victor Ardouin Dumazet désigne Larevellière Lepeaux et Goupilleau de Fontenay (et de cinq pour les laids !)
- en 1977, Jean Thibaudeau rapporte la chose sans nommer personne

La question reste entière : qui est à l'origine de cette histoire ?

Le 16/07/2012 à 15h30, le00h20 a écrit :

Pour mémoire, au début de l'année 1790, Ambroise Cochon de Chambonneau imprimait à Fontenay une brochure 'suite à l'Arrêté de l'Assemblée des députés du département du Bas-Poitou, le 24 janvier 1790' en 15 p. intitulée 'Département occidental du Poitou' sous-titrée 'Confrontations et limites' détaillant les six districts et leurs cantons respectifs.

Le 19/07/2012 à 19h26, Archives Vendée £ a écrit :

Et où trouve-t-on cette merveilleuse brochure, qui ne paraît pas conservée en Vendée ?

Le 21/07/2012 à 02h33, le00h20 a écrit :

A Nantes, un exemplaire figure au catalogue de la bibliothèque municipale, à la section du fonds local (205463/C88).

A Paris, aux Archives nationales, la brochure 'Département occidental du Poitou' a été jointe à un dossier coté D/IVbis/76 et consacré à la démarcation des arrondissements de la Vendée.
A l'intertitre une main contemporaine a écrit à l'encre "appelé le département de la Vendée".
Parmi les signataires de l'arrêté du 24 janvier 1790, outre les neuf députés du département du Bas-Poitou, on notera le nom de Gossin, commissaire du comité de constitution, dépêché par Paris.

Le 31/07/2012 à 09h57, Donat a écrit :

La répartition du royaume en départements a été décidée en 1789, année symbolique.

La confrontation des limites de celui de la Vendée a été arrêtée le 24 janvier 1790, jour où le nom n'était toujours pas fixé. C'est donc bien à ce moment-là qu'a eu lieu le débat qui prête à cette curieuse et douteuse histoire des deux laids.

Sait-on quand le nom de Vendée a été retenu ? Peut-être trouverait-on les attendus de cette décision pour en éclairer le contexte ?

Le 01/08/2012 à 13h11, Archives Vendée £ a écrit :

Benjamin Fillon n'a pas oublié l'imprimé concernant les limites du département occidental du Poitou. Il l'a fait recopier dans la série de volumes intitulée "Archives historiques de la ville de Fontenay-le-Comte", disponible en ligne sous ce lien :

http://recherche-archives.vendee.fr/archives/fonds/FRAD085_EDEPOT921II1A10/archivesenligne/view:78118?RECH_S=%22Departement+occidental+du+Poitou%22&RECH_SELECTOR[0]=onglet&RECH_SELECTOR[1]=bn&RECH_SELECTOR[2]=dictionnaires&RECH_SELECTOR[3]=outils&RECH_SELECTOR[4]=galerie&RECH_SELECTOR[5]=geneadp&RECH_SELECTOR[6]=vie&Rech_mode=prx&type=simple

Il offre aussi des copies de lettres relatives à ce choix (sous le même lien), qui pourraient éclairer le contexte qui a servi de support à la légende des deux laids.

Le 03/08/2012 à 01h17, le00h20 a écrit :

Fillon qui, en 1846 dans ses "Recherches historiques et archéologiques sur Fontenay", outre la brochure "Département occidental du Poitou", cite à la page précédente n° 340, un écrit anonyme de 6 pages -qu'il attribue à F. Bouron- imprimé in-8° à Paris chez Baudoin et intitulé "Précis des motifs qui engagent la députation du Poitou à demander à l'Assemblée nationale, que le territoire de cette province ne soit divisé qu'en deux départements".

Les bibliothèques de Poitiers et Nantes conservent chacune un exemplaire, que La Bouralière date de 1789.

Le 07/08/2012 à 01h47, le00h20 a écrit :

Près d'un siècle après la formation du département, Emile Beaussire dans ce qui dût être son ultime article "La formation spontanée d'une province au XVIIIème s. - La Vendée" inséré dans la livraison du 15 avril 1889 de "La Revue des deux mondes", mentionnait bien deux représentants de la région sans toutefois les nommer. Il écrivait en p. 888 "Cette dénomination fut rejetée par la crainte d'un mauvais calembour: la malignité publique y trouvait un rapprochement avec (leur) laideur" et renvoyait à un article de l'abbé Simonneau paru en 1886 dans l''"Annuaire de la S.E.V." dans lequel on y lit p.46 en introduction à son article "Recherches sur le mot Vendée": "On raconte que le premier nom proposé à l'Assemblée nationale, en 1790, pour désigner le Bas-Poitou, fut rejeté parce qu'il donnait lieu à une application facétieuse".

Le 11/08/2012 à 18h08, Anonyme a écrit :

L’Assemblée constituante décrète :
- le 15 janvier 1790, que la France est divisée en 83 départements (Collection générale des décrets rendus par l’Assemblée nationale… Tome II. p.16) ;
- le 19 janvier 1790, que les marches communes sont divisées entre la Bretagne et le Poitou (id., p.20) ;
- le 26 janvier 1790, que « Le département occidental du Poitou, dont Fontenay est le chef-lieu, est divisé en six district ; dont les chefs-lieux sont Fontenay-le-Comte, La Châteigneraye, Montaigu, Chalans, Les Sables d’Olonne et La Roche-sur-Yon, sauf, en faveur de la ville de Pouzauges, d’être siège de la juridiction du district de La Châteigneraye, si les électeurs jugent qu’il soit utile de l’y placer » (id., p.42). Le comité termine son travail de division du royaume le 16 février 1790.

L’ensemble des textes est repris dans le décret général 26 février 1790, qui officialise le nom du département de la Vendée (décret sanctionné le 4 mars) (id., p.155). Leur mise en place a suscité d'âpres rivalités entre les villes.
[Source : http://books.google.fr/books?id=81cDAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PP13#v=onepage&q&f=false ]

Le 17 février, le Comité de constitution invite les députés à proposer le nom que ces départements devront porter (Moniteur universel, séance 17 février 1790).

Les députés repoussent l’idée de retenir le noms du chef-lieu, pour « détruire l’aristocratie des villes », et celle d’une simple numérotation, pour ne pas établir de hiérarchie (Moniteur universel, séance du 26 février 1790).
[Source : http://books.google.fr/books?id=rJEFAAAAQAAJ&hl=fr&pg=PP1#v=onepage&q&f=false ]

Les noms des départements sont finalement choisis par le Comité de constitution en fonction des fleuves et massifs montagneux présents sur leur territoire (Le Petit Parisien, 01/11/1901)
[Source : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5605034/f1.image ]

Si la référence aux anciennes provinces est explicite dans la procédure du découpage en 83 départements, elle disparaît volontairement dans le processus de dénomination de ceux-ci. Il y a une volonté explicite de rupture avec le passé. Ce comité aurait-t-il laissé des archives témoignant des débats qui ont animé ce choix ?

Le 08/08/2013 à 15h46, SALOMON a écrit :

si le nom de Vendée est issu de la république
et si les révoltés voulaient revenir à l'ancien régime
il n'y a donc pas de guerre de Vendée.
Ou tout au moins les nostalgiques ne peuvent pas revendiquer cette appellation.

Le 08/08/2013 à 16h33, Grandclément a écrit :

Le nom du département ne vient pas de la République (instituée en septembre 1792 seulement), mais remonte à janvier 1790, au temps de la monarchie constitutionnelle, Louis XVI régnant toujours.
Quant aux appellations de Vendéens et de guerre de Vendée, elles viennent bien des autorités républicaines...

Le 16/11/2013 à 18h27, le00h20 a écrit :

Il est intéréssant de constater la présence, à la commission de délimitation des nouveaux départements, du magistrat fontenaisien Louis Godet de la Riboullerie (1760-1821) délégué à Paris le 12 décembre 1789.
Il pouvait écrire le 27 janvier 1790 à la municipalité de Fontenay que "le département du Bas-Poitou (que l'Assemblée Constituante dénomma département de la Vendée le 4 mars suivant), était enfin délimité, et que le chef-lieu irrévocablement choisi était Fontenay". Lettre citée par Robert & Cougny in Dictionnaire des parlementaires...Vol. 3, p. 201, Paris 1891.

Le 01/02/2015 à 16h57, MARQUET a écrit :

On peut lire sur "La Vendée Historique" 1898 (Gallica) p.391 Vue 200/354, au paragraphe Trouvailles et Curiosités, un article ayant pour titre : " Où l'on verra que le département de la Vendée doit son nom à un calembour et... à la laideur de deux "gros bonnets" révolutionnaires". Anecdote empruntée par la Revue de la Révolution du 5/11/1885, au Journal de la Vienne.
Il est fait référence à MM BOURON et MERCIER. Mr BOURON lui-mème aurait parait-il fréquemment raconté cette anecdote.
Par ailleurs sur le site de la "Maraichine Normande" un article est consacré à André Charles MERCIER du ROCHER. On y voit un portrait....A chacun d'apprécier ! Dans ses mémoires il s'est lui-même décrit à l'âge de 19 ans. A lire sur Wikipédia.

Le 03/02/2015 à 22h47, Archives Vendée £ a écrit :

Merci à Mme Marquet de reprendre le commentaire de cette question qui mériterait d'être résolue. À la relecture des contributions antérieures, il paraît clair que cette histoire de députés laids, qu’on aurait craint de confondre en nommant le département « les Deux Lay », est une pure légende.

D’une part les candidats à la laideur sont bien plus de deux apparemment dans cette députation, d’autre part il ne semble pas en être question dans toute la bibliographie de la première moitié du XIXe siècle. Pourquoi Benjamin Fillon n’en aurait-il jamais rien dit ? Ni aucun des historiens férus d’anecdotes ? Imagine-t-on Michelet résister à une pareille histoire ?

Il s’agit bien vraisemblablement d’une légende, et d’une bonne légende puisqu’on lui donne crédit sans retenue. Qui donc l’a inventée ? Les références les plus anciennes dans les billets ci-dessus ne dépassent pas les trois derniers lustres du XIXe siècle : 1898 (cité le 30 juin 2012 et encore ci-dessus), 1889 (cité le 7 août 2012), d’après un article de la Société d’émulation de 1886, p. 46 (visible sur ce site), dû à un abbé Simonneau, mais qui ne fait que rapporter en passant quelque chose qui ne paraît pas venir de lui : « On raconte que le premier nom proposé… fut rejeté parce qu’il donnait lieu à une application facétieuse. »

L’abbé, qui se veut un étymologiste distingué, ne cite pourtant pas ses sources. Cela ne faisait peut-être pas très longtemps que se colportait cette histoire.

Trouvera-t-on d’autres références plus anciennes qui nous mettraient sur la piste du facétieux inventeur ?

Le 06/02/2015 à 14h31, MARQUET a écrit :

Je ne dirais pas que c'est une "légende". Colportée depuis deux siècles, cette anecdote doit trouver son origine dans les débats de l'A.N. Elle se trouve dans différents ouvrages sur les calembours qui reprennent généralement le texte du recueil du Baron de la Pointe et du Dr Eugène Le gai de 1860. L'année dernière encore Laffont publiait "Le Bouquin des Méchancetés" de François Xavier Testu, Professeur Agrégé à l'Université de Tours, Avocat, qui lui-mème cite ce texte mot pour mot sans, semble-t-il, en donner l'origine : " Après qu'on eut nommé le département des Deux-Sèvres (pays de Niort), on voulut nommer le pays de Fontenay département des Deux-Lays (de ses principales rivières, le grand Lay et le petit Lay). MM Buron et Mercier, deux députés de ce département tous deux les plus laids de l'assemblée, firent observer que si on adoptait ce nom pour leur département on en ferait contre eux un affreux calembour et qu'on l'appellerait le département des deux laids. Ce qui fit qu'on l'appela département de la Vendée, du nom d'une petite rivière qui est à sec la moitié de l'année".
Louis XVI ratifie la division du Royaume en départements par lettres patentes du 4 mars 1790, un Comité de constitution de cette division est nommé dont le rapporteur sera Mr Gossin, député de Bar-le-Duc. C'était un énorme travail. Les provinces existantes ayant une identité très forte n'entendaient pas se voir morceler sans discussion. Celles-ci furent âpres et longues dans les années 1790-1791.
Pour sourcer notre anecdote, il faudrait des textes de cette époque. Archives parlementaires, Gazettes, journaux locaux de la Vienne, des Deux sèvres, de Fontenay. alors capitale du Bas-Poitou, ou autres écrits. Peut-être que les archives de ces départements, y compris les archives de Vendée, détiennent des documents ignorés !
Sauf "coup de bol" c'est un peu chercher une aiguille dans une botte de foin. Mais à coeur vaillant rien d'impossible ....

Le 09/02/2015 à 08h16, D. RONDEAU a écrit :

« Il ne semble pas en être question dans toute la bibliographie de la première moitié du XIXe siècle. (...) Trouvera-t-on d’autres références plus anciennes qui nous mettraient sur la piste du facétieux inventeur ? »

Oui, il en est question dès décembre 1844, dans une chronique (malheureusement sans nom d'auteur) parue dans la « Revue étrangère de la littérature, des sciences et des arts » publiée à Saint-Pétersbourg, tome 52 (2e série, tome 12e), page 641:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k462815h/f650.image.r=

« Il fallait baptiser les circonscriptions dont Fontenay devenait le chef-lieu, et l'on proposa d'appeler ce département: Département des Deux-Lays, qui sont les deux plus gros cours d'eau du pays.

Mais deux députes de cette partie de l'ancien Poitou, MM. Bauron et Mercier, qu'on signalait comme les deux plus laids de toute l'Assemblée, s'opposèrent vivement, disant que c'était vouloir les tyranniser, et qu'on ne manquerait pas de dire le département des deux laids. Le calembourg fit fortune, et l'on adopta alors le nom si fameux de la Vendée, petite rivière sans eau une partie de l'année tandis que le grand Lay a un assez long cours et porte même ses eaux directement à la mer. Voilà un fait historique assez singulier, et que l'on a fréquemment entendu raconter à M. Bauron lui-même, l'un des héros du jeu de mots, qui est mort, il y a quelques années, conseiller honoraire à la cour royale de Poitiers. »

Je constate, dans l'extrait ci-dessus, que le patronyme de François-Anne-Jacques Bouron (1752-1832) est mal orthographié, y compris phonétiquement, et surtout, qu' André Mercier du Rocher (1753-1816) ne peut pas être, en 1790, l'un des deux laids de l'Assemblée dont il ne fut jamais élu député en titre et il ne fut élu membre du Conseil Général de la Vendée qu'à partir du 10 septembre 1791.

Le 09/02/2015 à 10h26, Archives Vendée £ a écrit :

Extraordinaire découverte que cette curieuse mention de la Revue étrangère de la littérature, publiée de surcroît à Saint-Pétersbourg en 1844 : voilà notre histoire qui prend du coup 42 ans d’ancienneté. Cette facétie n’est donc pas le fruit d’un dédain pour les débuts de la Révolution, qui aurait été exprimé dans la Vendée des années 1880. Elle remonte au moins à la monarchie de Juillet et aux milieux légitimistes.

Mais ira-t-on beaucoup plus haut ? La chronique n’est malheureusement pas signée. Elle ne fait de toute façon que rapporter des histoires de seconde main.

La source est-elle proche ? Jusqu’à présent rien de nous conduit à l’époque censée être contemporaine du fait, ne serait-ce que par un témoignage plus tardif mais direct. Ce silence de la première génération ne milite vraiment pas pour l’authenticité de la chose.

J’avoue voir avec une certaine gourmandise qu’on arrive à la période féconde de Benjamin Fillon… Mais ne lui attribuons pas tout trop vite !

Le 10/02/2015 à 15h27, MARQUET a écrit :

Le XVIIIème fut le siècle de "l'esprit". Certains se seraient damnés pour un bon mot. Dans la période pré-révolutionnaire, le Marquis de Bièvre (feu en octobre 1789) était le prince du calembour. Puis il y eut Talleyrand le "diable boiteux" que l'on imagine bien dans les salons de l'Empire au début du XIXème, conter ses souvenirs de l'Assemblée Constituante en égrenant son récit de quelques perfidies...Hélas,on ne peut en l'état lui attribuer nos" deux Lays".
Le texte relevé par Mr Rondeau dans une revue de 1844, et celui trouvé dans la "Vendée Historique de 1898", mentionnent que Buron aurait lui-mème raconté plusieurs fois cette anecdote. Quant à Mercier du Rocher il n'a jamais été député à l'Assemblée Constituante en effet, mais député suppléant à la Convention Nationale et à l'Assemblée Législative qui ont suivi. Toutefois dans ces textes on ne parle que de Mercier et non de Mercier du Rocher. Or à l'Assemblée Constituante il y avait un député s'appelant MERCY Marie Charles Isidore, Evêque et Baron de Luçon. Peut-être est-ce lui notre deuxième laid ?
Lors de la division du Royaume il semble que la discussion se passait à trois niveaux : L' Assemblée du Bas Poitou à Fontenay établissait un projet avec les représentants de la province et un géographe, puis mandatait un délégué et le géographe qui "montaient" à Paris et présentaient ce projet devant le Comité de Constitution dont le rapporteur était le Sieur Gossin, qui acceptait ou demandait des modifications ou des ajouts. C'est seulement lorsque le projet était entériné par le Comité qu'il était présenté à l'Assemblée Nationale qui alors votait le décret.
L'anecdote des deux Lays a peut-être vu le jour lors des débats de l'Assemblée du Poitou ?
Si Bouron racontait lui-mème l'histoire c'est qu'il avait le sens de l'autodérision.
Par contre comment l'anecdote est-elle devenue nationale ....et internationale, et a-t-elle pu franchir les siècles ?

Le 11/02/2015 à 22h20, Archives Vendée £ a écrit :

On se serait damné pour un bon mot au XVIIIe siècle. certes. Encore faudrait-il l'avoir proféré ! Or nous ne remontons pas eu-delà de 1844 pour le moment. Et il est vraiment curieux que les amateurs de bons mots ait tu celui-ci aussi longtemps.

Nous disposons de chroniques très bavardes sur la Révolution en Vendée, qui ne semblent pas s'en faire l'écho. Il y a celle de Mercier du Rocher, qui n'aurait pas manqué de rapporter cette facétie, ne serait-ce que pour se dédouaner, et aussi par méchanceté envers le personnel politique de la première heure de la Révolution, bien timoré aux yeux d'un terroriste de la première heure. Il y a aussi celle de Collinet. Les deux ont été publiées, la première par Thérèse Rouchette, la seconde par Alain Gérard, et on dispose même de cette dernière en ligne sur ce site.

Rien à faire, il faut approcher de la source...
Encore un effort !

Le 12/02/2015 à 15h48, MARQUET a écrit :

Le doute accompagne toujours la recherche de la vérité. Peut-être ne s'est-on pas posé d'emblée la bonne question : " Lors de la division de la Province, a-t-il été envisagé oui ou non,comme nom possible du département du Bas-Poitou, celui des Deux-Lays, comme il y avait eu les Deux-Sèvres, ou n' a-t-on jamais parlé que de la Vendée" ?
En un résumé schématique, nous avons tout d'abord une division en deux départements, le Haut et le Bas-Poitou, Niort s'y oppose on coupe en trois, Haut-Poitou, Centre et Bas Poitou.
Discussion sur le chef-lieu. Un géomètre désigne Mareuil à cause de la navigation du Lay, ce n'est pas retenu. Concurrence entre les Sables,Luçon et Fontenay, c'est cette dernière ville qui remporte la mise. L'ingénieur de la Bretonnière est mandaté fin décembre 1789 pour défendre la délimitation du département. Les limites sont arrêtées le 24/1/1790.
6 mars 1790 la Commission pour la formation et la délimitation du département de la "Vendée" est donnée par Louis XVI à Desayvre des Guerches conseiller du Roi. Délibération Municipale de Fontenay le 21 avril 1790. A cette mème date Necker écrit pour l'envoi des grains destinés à Fontenay et d'autres localités du "Bas-Poitou".
4 juillet 90 délibération sur une cabale lancée par Les Sables jalouse de ne pas avoir obtenu le chef-lieu du département de la "Vendée".
Quand a-t-on exactement nommé "Vendée" ce département du Bas-Poitou ?
B.Fillon a choisi des lettres et des extraits de délibérations, dans les registres de délibération de la Commune de Fontenay et les archives du Tribunal civil . A son époque il n'y avait pas de photocopieuse. Il a donc recopié les textes, sur lesquels il y a des rajouts et commentaires d'écritures différentes.
Où sont aujourd'hui ces Registres et archives ? Aux archives municipales, départementales ?
Leur lecture nous en dirait peut-être plus.

Le 14/02/2015 à 01h33, D. RONDEAU a écrit :

Encore deux mois d'antériorité de gagnés! Car la revue publiée à Saint-Pétersbourg reprend vraisemblablement mot pour mot un article paru dans "le Compilateur, Revue des journaux français et étrangers", n°25 (3e année) du 15 octobre 1844, page 338 :

https://books.google.fr/books?id=xNq6Abh4L98C&pg=PA338&dq=#v=onepage&q&f=false

Et là, enfin une vague indication de source, malheureusement non datée: "le Journal de la Vienne". J'imagine que nous y retrouverons à nouveau ce même article, sans doute dans l'un des journaux de l'année 1844. Ce journal, numérisé, est consultable sur le site des archives départementales de la Vienne pour ceux qui pourraient accepter le parcourir:

http://www.archives-vienne.cg86.fr/644-la-presse-locale.htm

Le 14/02/2015 à 16h56, En passant a écrit :

L'anecdote figure dans le n° du "Journal de la Vienne" du 5 septembre 1844 (vue 4) à propos de la réédition de la statistique de Cavoleau par La Fontenelle de Vaudoré. Une nouvelle piste ?

Le 21/02/2015 à 13h56, MARQUET a écrit :

Les Deux Lays ( laids ) à l'Assemblée.
Amusée de découvrir que la confluence du Grand et du Petit Lay près de Chantonnay s'appelait l' Assemblée !
Coïncidence pour les amateurs de bons mots ?

Le 17/03/2015 à 17h00, MARQUET a écrit :

Comme je l'indiquais le 6 février, l'année dernière paraissait un livre de F.X Testu, professeur d'Université et Avocat, qui reprenait l'anecdote des Deux Lays. Voulant savoir s'il avait fait des recherches qui pourraient amener de l'eau à notre moulin, je lui ai adressé un courriel auquel il a eu l'amabilité de répondre.
Ayant un doute sur l'authenticité de cette anecdote, il a fait quelques recherches sur cette question du nom des départements jusqu'à ce qu'il tombe sur un décret du 21/1/1790 " Au sujet des réclamations particulières des députés sur la division de la France " qui porte dans son article unique "L'Assemblée Nationale décrète qu'aucune réclamation particulière relative au partage de la France ne seront [sic] plus insérée au procès-verbal des séances de l'Assemblée Nationale et qu'il n'y serait [sic] fait mention que des décisions qu'elle aurait portées sur cet objet, sans aucun détail des prétentions et motifs qui auraient été présentés et débattus "
Il en a inféré qu'on ne pourrait jamais retrouver un acte officiel relatant la fameuse anecdote. Il a cessé de chercher en concluant que seule la tradition orale a pu à l'origine relater l'histoire, si elle est authentique.

Le 11/10/2015 à 23h22, le00h20 a écrit :

Au registre du Comité de division de la France, les députés signataires du procès-verbal de l'assemblée des représentants du département occidental du Bas-Poitou appelé le département de la Vandée (sic) qui a arrêté et convenu de ses limites et divisions en districts et en cantons, furent le 24 janvier 1790 les suivants et dans l'ordre :
Bouron, Pervinquière, Biaille de Germon, Gallot, Birotheau des Burondières, Cochon de Lapparent, Lofficial qui ajoute "avec reservation des autres districts celui de fontenai étant beaucoup plus grand qu'il ne doit l'être" suivi de son paraphe;
Le curé Dillon, apposa sa signature au document le 21 mars suivant.

Le 12/10/2015 à 00h03, le00h20 a écrit :

La carte, qui servit de document de travail aux démarcations a, pour chacun des six districts un coloriage distinct, et les délimitations des cantons au crayon rouge.

Au dessus du cartouche, six délégués signèrent, à l'exception de Lofficial, ce sont dans l'ordre Bouron, Cochon de Lapparent, Biaille de Germon, Birotheau des Burondières, Pervinquière.
Suivi par Dillon, "curé du Vieux-Pouzauges le 21 mars 1790".

Le 12/10/2015 à 00h50, le00h20 a écrit :

Enfin, sur une carte de la généralité de Poitiers, celle dressée par l'ingénieur Capitaine et datée de 1786, figurent les contours du nouveau département qui sont marqués au crayon rouge tout comme ceux des six districts et de leurs cantons respectifs.
A l'ouest de l'île d'Yeu, inscrit à l'encre, on peut lire "Certifié conforme au procès-verbal de division du département occidental du poitou en date du vingt quatre janvier présent mois le vingt neuf janvier 1790
Biaille de Germon, Pervinquière, Bouron, Goupilleau".

Le 28/11/2015 à 23h03, Archives £ a écrit :

Grâce en particulier à 00h20, nous en savons de plus en plus sur la conception du département de la Vendée, sans que rien ne vienne toutefois faire remonter à cette époque la facétie d’une dénomination en "Deux Lays" qui feraient penser à deux députés.

Depuis qu'en février dernier D. Rondeau nous a indiqué comme plus ancienne mention de cette histoire le Journal de la Vienne, en 1844, nous n'avons pas trouvé de référence plus ancienne. On en reste donc comme hypothèse la plus probable à une histoire tournant en dérision la députation du Bas-Poitou aux États généraux ou Assemblée constituante, et puisqu'on est en 1844, elle a de forte chance de provenir de milieux critiques, soit légitimistes.

Sait-on si le Journal de la Vienne avait un couleur politique marquée ?

Le 12/12/2015 à 00h03, le00h20 a écrit :

La lecture de l'article intitulé "La Vendée, son nom" sous la plume de Grimouard de Saint-Laurent*, n'apporte rien de neuf.
A l'égard de l'hydronyme la première notule de son texte nous précisant que "Le Loiret et la Nièvre, les seules qui aient un cours moins étendu, paraissent racheter autrement cette infériorité"
* Revue de la Société littéraire, artistique et archéologique de la Vendée, II (1883), pp.82-86.

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