L@boratoire des internautes

Une Fête-Dieu avec Monseigneur ?

Pour sortir cette photo de l’anonymat, nous disposons heureusement d’un certain nombre d’indices. Il y a toutes chances qu’elle ait été prise en Vendée. 

  

  

Quand et où a-t-elle été prise ? 

Le dais signale vraisemblablement une procession eucharistique, un jour de Fête-Dieu ou, de son nom complet, fête du Saint Sacrement du corps et du sang du Christ, dite aussi localement « le sacre ». La déambulation à travers toute la paroisse, derrière le dais abritant un prêtre montrant une hostie dans son ostensoir, réunissait un grand concours de peuple et se faisait avec une très grande pompe. La période de l’année s’y prêtait : la fête tombe en effet le dimanche après la Trinité, soit six semaines après Pâques. Deux parapluies du reste, ouverts près du dais, servent d’ombrelles. 

Pourtant la photo est prise avant ou après la procession. Le dais est délaissé. Tous les regards se dirigent vers un évêque mitré, au centre de la photo. 

  

Peut-on identifier l’évêque ? 

La photo ne doit pas être très postérieure à la guerre de 1914, et plutôt même bien antérieure. Il s’agirait donc soit de Clovis Catteau (1877-1915), soit de Gustave-Lazare Garnier (1916-1940). À moins qu’il ne s’agisse pas de l’évêque du diocèse. Dans ce cas, il reste un recours : tenter d’attribuer les armoiries épiscopales que l’on voit au-dessus du grand fanion – avec un calice en leur centre. 

L’église ne laisse voir que deux massifs encadrant le passage menant à son portail. Seule caractéristique, cette église donne sur une petite cour fermée de hauts murs percés par un portail un peu en retrait de la rue, comme pour laisser place à la foule ou à des voitures. Peut-être cet aménagement subsiste-t-il. 

  

Quelle est la commune concernée ? 

La collection de cartes postales des Archives peut donner des références ( collection Jean Meunier ou collection Ramuntcho), mais les costumes portés par les assistants pourraient-ils aussi nous aider ? Les coiffes des femmes leur couvrent le cou et reposent sur un foulard posé en pointe dans le dos (voir un exemple près du dais). Deux hommes, un peu à l’écart sur la gauche, dos au mur, portent des casquettes. Un autre, en bas à droite, un large béret (de marin ?). Beaucoup d’hommes sont en blouse. Quelques-uns portent des chapeaux de feutre rustiques (devant l’église, à gauche du dais). Les plus embourgeoisés ont un canotier ou des chapeaux melon. Trois prêtres en surplis sont autour de l’évêque ; trois autres en arrière, bien reconnaissables à leur rabat. 

  

Peut-on identifier ces six prêtres ? 

On ne peut pas dire qu’il y ait grand concours de peuple, ou bien est-il hors champ. Le clergé, en revanche, est assez nombreux, mais encore dispersé. On reconnaît près du portail au moins quatre chanoines à leur camail bordé de fourrure, mais il y en a vraisemblablement encore un autre vu de dos. S’agit-il de membres du chapitre cathédral ? 

  

Le costume de chanoine permet-il de distinguer un chanoine honoraire (titre honorifique d’un prêtre), d’un chanoine du chapitre cathédral ? 

Au moment de la prise de vue, c’est bien l’évêque qui est à l’honneur. Au-dessus de lui, des mâts servent de support à un décor de piques formant une sorte d’arc de triomphe, sur lequel sont accrochés deux blasons présentant une épée en pal sommée d’une couronne et accostée de deux fleurs de lys. L’écu paraît aussi entouré d’une bordure. 

  

De qui sont ces armes ? 

Quant aux armes épiscopales, elles semblent former le sommet de cette construction qu’égayent quantité de drapeaux et fanions, tandis que des fleurs habillent le tout. L’évêque est à ce moment l’objet de toutes les attentions – vient-il d’arriver ? – ou presque, car ceux qui ne sont pas accaparés par sa présence ont repéré le photographe et son matériel sans doute volumineux et voyant, et ils tournent leurs regards vers lui, quand ils ne se tordent pas littéralement le cou. Les prêtres les plus proches de Monseigneur prennent même la pose. Deux petits enfants très habillés, peut-être même costumés, l’entourent. Lui ont-ils débité un compliment et remis un cadeau ? On dirait qu’il tient quelque chose de la main droite. Ce serait donc vraiment le moment de prendre une photo ! 

  

Quand a eu lieu cette fête ? 

Si l’on a bien identifié l’évêque et le lieu, on peut consulter le Bulletin paroissial de cette commune. S’il n’en existe pas ou si l’on ne connaît pas le lieu, il faut espérer que la Semaine catholique, organe du diocèse, donne bien chaque année le programme de l’évêque pour la Fête-Dieu. 

  

Merci pour votre aide. 

  

  

  • Voir la photographie en grand plein écran : 

Date de publication : 12 mars 2020

Auteur du billet : Archives Vendée £

Liste des commentaires

Le 14/03/2020 à 02h05, Jean-Pierre LOGEAIS a écrit :

Bonjour,
Sur les armoiries ce n'est pas un calice mais une croix latine surmontant une montagne au pied de laquelle se trouve la mer. La croix est entourée de deux étoiles. L'écu a une bordure chargée de ... Il est surmonté d'une crosse.
Ces éléments permettent de reconnaître les armes de Mgr Léopold Auguste LAROCHE, évêque de Nantes, né à La Ferté-Saint-Aubin (Loiret) le 26 juillet 1845, préconisé le 19 janvier 1893, et décédé à Nantes le 18 décembre 1895.
Ses armes sont décrites comme suite dans l'Armorial des prélats français du XIXe siècle par le Cte de Saint-Saud, (Gallica) qui en donne aussi la représentation en page 125 : D'azur à la croix latine rayonnante d'or, soutenue d'une roche du même, battue par une mer d'argent mouvant de la pointe et accostée de 2 étoiles d'argent, à la bordure d'hermine.
A noter que ses armoiries sont gravées sur le grand porche de l'église paroissiale de St Philbert-de-Grand-Lieu.
Cordialement

Le 14/03/2020 à 13h21, Archives £ a écrit :

Il fallait l'oeil perçant de Jean-Pierre Logeais pour corriger l'impression trop rapide donnée par ces armoiries. Bravo !
Nous passons de la Vendée à la Loire-Atlantique et nous sommes avant 1895.

Quelles sources en ligne sont-elles disponibles pour savoir l'emploi du temps de cet évêque aux Fêtes-Dieu de son épiscopat ?

Reconnait-on l'église ?

Le 15/03/2020 à 00h45, Maurice Mignet a écrit :

L’identification de l’évêque de Nantes est effectivement un élément essentiel sans lequel il n’était pas possible d’aller plus loin.
De part et d’autre de la bannière de Mgr Laroche on voit, semble-t-il, des outils de paludiers. Cela ferait localiser la photo de cette cérémonie dans la presqu’île de Guérande, les cartes postales anciennes poussent à privilégier le bourg de Batz, en particulier en raison du mur qui était alors devant l’église. Resteraient à examiner quelles pouvaient être les coiffes de Batz (et voisinage) avec leurs variations.
Quant à la date : 4 juin 1893, 27 mai 1894, 16 juin 1895 ? L’attitude des personnages laisse à penser que la cérémonie était terminée et qu’il devait donc être midi passé. L’agitation des oriflammes et l’absence d’ombres pourraient indiquer que ce jour-là le ciel devait être couvert et venteux.
Voir détails dans : http://montaiguvendee.fr/cms/uploads/images/Poire-sur-Vie/Fete-Dieu_a_Batz_juin_1894-ou-1895.pdf .

Le 15/03/2020 à 23h11, D. RONDEAU a écrit :

Oui bravo, il s'agit bien de l'église de Batz-sur-Mer:
https://images-01.delcampe-static.net/img_large/auction/000/942/529/739_001.jpg?v=2

Le 21/03/2020 à 22h30, Archives £ a écrit :

Voilà une affaire rondement menée !Cette photo n'a plus de secrets à livrer. Il y a jusqu'à la nature des ustensiles déployés autour des bannières qui seraient des outils de paludier.

Qui nous proposera une autre photo aussi vivante que celle-ci ?

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