L@boratoire des internautes

Croisade à Pouzauges ?

Ce cliché daterait de 1944 ou 1945. Il ne s'agit pas d'un carnaval : un prêtre en surplis est à la manœuvre. 

  

Identifie-t-on des personnes, le prêtre ? 

Au premier plan, deux autres, de dos et en barrette, s'avancent vers un autel dressé en plein air, par le chemin que leur laisse la foule. Celle-ci est composée d'adultes à l'air assez grave, et surtout d'enfants, parfois tout petits, mais toujours costumés suivant un thème d'inspiration religieuse : certains sont en prêtres, religieux ou religieuses, l'un même en évêque avec sa mitre, un autre en suisse avec bicorne. Tous tiennent une grande croix fleurie à la main, et beaucoup portent une tunique marquée d'une grande croix. 

  

Ne s'agirait-il pas d'une manifestation de la "croisade eucharistique", un mouvement placé sous le patronage de sainte Thérèse et créé en 1914 ? 

Il est devenu, il y a une quarantaine d'années, le MEJ (Mouvement eucharistique des jeunes). Créé au lendemain de la guerre de 1914, dans la foulée d'un mouvement de soutien aux poilus, son horizon très pacifique et spirituel orientait les enfants dans un univers imaginaire de croisade médiévale, dont ils portaient le costume depuis le congrès national de Lyon, en 1927. On aperçoit toutefois aussi deux drapeaux tricolores, frangés et brodés comme ceux de sections d'anciens combattants, derrière l'autel. 

  

Peut-on dater plus précisément la photo ? 

La présence des drapeaux est forcément postérieure à la Libération (septembre 1944). D'autres éléments renforcent l'aspect patriotique et national de la manifestation : une bannière représente Jeanne d'Arc, une autre saint Martin. Mais sainte Thérèse, autre grande sainte nationale, est en statue sur l'autel, tandis que son chiffre (ST) marque le milieu du portique élevé au-dessus. 

  

Quelle raison, dans ces années-là, pouvait réunir ces enfants, des drapeaux, ces saints précisément ? 

*****  

Autres photographies de la mission du 23 février 1947 envoyés par M. Marquis (commentaires des 08-02 et 20-11-2014) : 


Date de publication : 09 février 2013

Auteur du billet : Transmis par Tr.

Liste des commentaires

Le 14/02/2013 à 13h40, poisbleau a écrit :

bonjour, savez vous ou ce situt cette manifestation exactement est ce que c'est réelement a pouzauges car je n'arrive pas situé exactement. merci

Le 15/02/2013 à 16h12, Pouzaugeais a écrit :

Il s'agit sans aucun doute de la cour intérieure de l'usine Fleury Michon de la Gare de Pouzauges.

Le 15/03/2013 à 09h22, ppjo a écrit :

Bonjour,
D'accord avec le "Pouzaugeais" du 15/02. C'est bien la cour intérieure de Fleury Michon à la gare de Pouzauges.
Le bâtiment de bureau à droite n'a pas changé avec le petit auvent au-dessus de la tête du prêtre.
Celui de gauche en pierre est aussi toujours existant, ainsi que les marches au centre de la photo.
Par contre, l'année me surprend. Le style de la construction de droite ferait penser plutôt à la fin des années cinquante ?

Le 16/03/2013 à 22h59, D. RONDEAU a écrit :

Bonjour,
Les bâtiments de l'entreprise Fleury-Michon situés à la Gare de Pouzauges sont sur le territoire de la Meilleraie-Tillay, donc (autrefois) également sur le territoire de la paroisse catholique Saint-Martin de la Meilleraie, d'où la présence logique de la bannière ce saint à cette fête religieuse.
Si cette cérémonie a lieu dans les années 1950, comme le suggère Ppjo, alors je pense qu'il pourrait s'agit de la journée de la bénédiction de la chapelle Notre-Dame-de-Lourdes (aujourd'hui désaffectée) et du baptême de sa cloche. Ce fut le 19 septembre 1954, par Mgr CAZAUX, en présence de Jacques CHARTIER (directeur de l'entreprise qui fut à l'origine de l'élévation de ce lieu de culte) et de Charles MIGNEN, conseiller général et maire de Pouzauges.
D'ailleurs, selon les bulletins paroissiaux de 1954, consultables en ligne sur ce site, il y a eu ensuite, ce jour-là, un vin d'honneur et une kermesse, c'est ainsi que s'expliquerait la présence de tant d'enfants déguisés, en costumes religieux, à Fleury-Michon.

Le 28/03/2013 à 21h12, archives Vendée £ a écrit :

Un pas important vient d'être fait par rapport à l'hypothèse de départ. Nous serions (peut-être) en 1954, et non en 1944.

Deux éléments permettraient d'affiner :
- si le bâtiment est si contemporain, ne garde-t-on pas trace de sa date de construction quelque part ?
- Si le prêtre est un curé ou un vicaire (des Herbiers ou de La Melleraie), a-t-on idée de son identité, donc des dates de sa présence sur place ?

Autre hypothèse ébranlée, la présence de la bannière de Saint-Martin tiendrait plus à son rang de patron de la paroisse que comme saint national, aux côtés de sainte Thérèse ou de Jeanne d'Arc. Il n'empêche que la manifestation a un aspect particulièrement patriotique... et surtout n'a rien de marial un jour pourtant censé être celui de la bénédiction d'une chapelle Notre-Dame de Lourdes ! Ca ne semble pas bien coller.

Il y a donc encore une chance que ce soit une "croisade" eucharistique, et non pas une kermesse réunissant un carnaval d'enfants.

Le 29/03/2013 à 22h25, D. RONDEAU a écrit :

Bonjour,

Merci pour vos conseils et questions. Je vais tenter de consolider la proposition d'année 1954.

Les bureaux ne paraissent pas flambants neufs sur la photographie, l'enduit étant déjà noirci. Ces bureaux existaient déjà quelques années auparavant puisqu'ils sont déjà identifiables sur une photographie (Réf. BIB 3875) parue dans "Le Pays nantais et la Vendée" de Jean Yole, Dr Doussain, André Binet et al., 1951, p. 95, même si c'est la façade principale donnant sur la route - et non le pignon donnant sur la cour (normalement à gauche) - qui y apparaît :
http://recherche-archives.vendee.fr/archives/catalogue/lieu/Pouzauges/Y

Or, sur cette photographie, la cour intérieure n'existe pas encore. Elle semble comme encombrée de pans de murs, à mon avis en cours de destruction.

Sur une autre photographie (Réf. BIB 1104), postérieure de quelques années, extraite de Vendée : aspect géographique, historique, touristique, économique et administratif du département / [dir. Jean-André Gallot ; dir. Jean Perreau Pradier ; collab. de Saint-Jouan ; préf. A. Durand]. – (1956) p. 306, on remarque la suppression de la maison ancienne de gauche située en bordure de route, (alors que celle de droite a bien évidemment été conservée puisqu'elle fête son centenaire en cette année 2013). Derrière cette maison, la cour ressemble bien à celle de la photographie à identifier, sauf le bâtiment en tôles rouillées, au fond, qui semble désormais plus bas, comme si la toiture allait être refaite, ou plutôt, comme si un étage allait carrément lui être ajouté :
http://recherche-archives.vendee.fr/archives/catalogue/lieu/Pouzauges/Y

L'école catholique de la Meilleraie-Tillay est « l'école Sainte-Jeanne d'Arc » depuis une date qu'il reste à préciser. Il semble qu'une autre école privée, fermée à la fin des années 1970, a également existé dans le passé sur cette commune, elle s'appelait « École Sainte-Thérèse-de-l'Enfant-Jésus ».

Le 08/02/2014 à 07h19, marquis marcel a écrit :

Bonjour,
Cette photo a été prise dans la cour intérieure de l'usine Fleury-Michon située à Pouzauges Gare le 23 Février 1947 lors de la cérémonie de l'installation de la statue de sainte Thérèse dans la petite chapelle située à l'intérieure de l'entreprise. Cette cérémonie a eu lieu en présence de l'abbé Poiroux que l'on voit sur la photo, de dos en bas, au milieu, légèrement à gauche, d'un prédicateur venu spécialement pour l'occasion, des jeunes faisant partie du club de l'époque "les croisés," c'est un mouvement de jeunes qui a précédé le club des "âmes vaillantes" . Grâce au témoignage de personnes présentes a cette cérémonie, il nous a été possible d'identifier de nombreuse personnes sur la photo.

Le 10/02/2014 à 10h50, Archives Vendée £ a écrit :

Le 23 février 1947 semble bien avoir été un dimanche. La réponse ci-dessus paraît définitive. On aimerait toutefois qu'elle s'appuie sur une source :

- témoignage oral ?
- croisement avec d'autres photos disponibles ailleurs ?

On serait donc bien un jour de croisade (eucharistique), et non à l'une des fêtes envisagée plus haut (merci à D. Rondeau d'y avoir tout de même apporté une approche aussi critique).

Nous sommes trois ans après la Libération, et non dix, et l'ambiance n'est pas si patriotique que cela. Seul le hasard réunit en effet les saints protecteurs de la France, nous a expliqué plus haut D. Rondeau, puisqu'ils se trouvent être les patrons des institutions locales.

Enfin le prêtre au geste grandiloquent étant de passage, demeure anonyme.

Le 06/03/2014 à 16h18, D. RONDEAU a écrit :

Bonjour,
Le bulletin paroissial du 23 février 1947 de Chantonnay (page 10/86 de ce site Internet pour l'année concernée), annonce, à l’occasion des pérégrinations et des ostensions des reliques de Sainte-Thérèse en Vendée et du cinquantième anniversaire de sa mort, que, dans le diocèse, ce "dimanche 23, comme le demande Monseigneur l’Évêque, sera une journée de prières solennelles à Sainte Thérèse, Patronne de la France".

Le 09/03/2014 à 23h17, Archives Vendée £ a écrit :

Merci à D. Rondeau de préciser le contexte de l'intronisation de cette statue de Sainte-Thérèse dans l'usine Fleury-Michon de Pouzauges. La date n'est en effet pas anodine, c'est celle du passage des reliques de la sainte en Vendée. Le bulletin paroissial de Pouzauges de 1947, disponible sur ce site, signale ce même dimanche 23 février (vue 9/71) : " Mardi, les personnes qui le désitent iront vénérer ses reliques à Chantonnay. Toutes celles qui veulent utliser le service de voitures que nous organisons, sont priées de se faire inscrire, etc."

On trouve un bref compte rendu le dimanche 2 mars (vue 11/71) : " La châsse... a passé à travers la Vendée... On se serait cru au Moyen Âge, quand les moines transportaient à travers la Vendée les reliques de saint Martin de Tours !"

Le 20/11/2014 à 16h50, M. Marquis a écrit :

Suite au commentaire du 08-02-2014 :
Je vous fais suivre quelques photos du défilé de la mission en l'honneur de sainte Thérèse, qui est partie de La Meilleraie-Tillay pour se terminer dans la cour intérieure de l'usine Fleury-Michon. Une statue de sainte Thérèse a été déposée dans la chapelle de l'usine à cette occasion, cela s'est passé le 23 février 1947.

Note de l'administrateur : les photographies ont été publiées dans le billet.

Déposer un commentaire