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La Roche-sur-Yon, sa place d’Armes et sa rue de la Cathédrale

Le 29 mai 1885, une réclame du journal Le Publicateur vante l’assortiment du magasin de chaussures Auguste Baudry, 4, rue de la Cathédrale, à La Roche-sur-Yon. 

Cette rue longe-telle la place d’Armes ? 

  

La question n’est pas innocente, car La Roche-sur-Yon n’a jamais disposé de cathédrale, ni de troupes capables de remplir la place d’armes dont on lit parfois qu’elle pourrait accueillir 20.000 hommes. Si les premiers plans de l’église Saint-Louis, au tout début de la Restauration, évoquent parfois le titre cathédral de la future église, le concordat révisé en 1817, auquel on doit le rétablissement d’un siège épiscopal en Vendée, n’a rapidement laissé aucun doute : l’évêque retournerait à Luçon, où il résidait depuis 1317 et qu’il avait quitté en 1789, et il y est demeuré jusqu’à nos jours. 

La Roche-sur-Yon aurait-elle gardé cet espoir de cathédrale, au point qu’une de ses rues en aurait porté le nom en 1885 ? 

  

Quant à la grande place centrale, qui jusqu’aux récents aménagements faits pour en diminuer l’impression d’immensité, a longtemps frappé les visiteurs, elle n’a rien de militaire. La ville a eu sa caserne dès l’Empire, comme toute ville digne de ce nom, mais sans être plus particulièrement ville de garnison que d’autres, en tout cas sans justifier un tel espace pour le seul déploiement des troupes. 

La vocation militaire de la ville ne tient qu’à une relecture tardive de sa fondation, interprétée comme un moyen du pouvoir de s’implanter au cœur du Bocage et d’y faire rayonner ses troupes : un contresens. 

Quels noms la place centrale de La Roche-sur-Yon a-t-elle portés ? 

  

N’en fut-elle du reste pas privée longtemps ? Sans doute définitivement devenue Place Napoléon, en raison de la domination qu’y exerce son hôte de bronze, elle ne semble avoir porté ce nom que tardivement, sans doute pas avant la guerre de 14, la IIIe République rechignant à lui reconnaître celui des empereurs dont elle avait provoqué la chute du dernier. 

Y aurait-il eu une différence entre les noms d’usage et les noms attribués officiellement par la municipalité ? 

  

*** 

  

Comme l'indique "le00h20" dans son commentaire du 11-11-2020, la fondation Custodia à Paris, conserve dans son riche fonds dévolu au peintre Paul Baudry, un cliché anonyme de sa maison natale. Contemporain de l'encart publicitaire de 1885, il représente la façade de l'échoppe tenue par son frère Auguste (1830-1897) et dont la devanture indique "Grand Magasin de Chaussures". 

(Fondation Custodia, Collection Frits Lugt, Paris) 


Date de publication : 05 novembre 2020

Auteur du billet : Archives Vendée £

Liste des commentaires

Le 11/11/2020 à 08h21, Napolline a écrit :

Concernant la place Napoléon, selon un article en ligne de Ouest France paru en 2017 évoquant l’histoire de cette place, il est indiqué que
- le 3 mai 1921, une délibération avait été soumise au conseil municipal pour que la place retrouve son nom de place Napoléon
- le compte-rendu mentionne que le maire avait indiqué que la place n’avait pas perdu son nom.
L’article précise alors que des élus avaient essayé de faire disparaitre le nom de Napoléon en 1870 et que c’était de manière officieuse que nombre de documents utilisaient en remplacement le nom de place d’Armes.

Le 11/11/2020 à 15h05, D. RONDEAU a écrit :

Un plan simplifié, établi en 1880 par E. GILIOT, alors sous officier au 93e Régiment de Ligne, nomme "Cathrèdrale" l'église Saint-Louis dessinée avec abside:
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8441567c.r=plan%20roche-sur-yon?rk=21459;2#

Un plan dressé et signé par A. BOUDAUD, l'architecte officiel de la ville, édité en 1893, nomme "Place d'Armes" la Place Napoléon:
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84406415/f1.item

Le 11/11/2020 à 15h39, le00h20 a écrit :

Tous les enfants du couple Baudry-Lecomte virent le jour, rue de la Cathédrale, entre 1825 et 1843.
Au lendemain de la mort du plus illustre d'entre eux, le conseil municipal de la Roche-sur-Yon dans sa séance du 30 janvier 1886*, décida de donner le nom de Paul Baudry (1828-1886) à sa rue natale.

* La Justice, 4 février 1886, p. 3 b.

Le 11/11/2020 à 15h44, D. RONDEAU a écrit :

Selon un article rédigé en 1884, l'adresse précisément mentionnée dans le journal, était vraisemblablement celle des parents de Paul BAUDRY(1828-1886) au moment de sa naissance et celle d'un frère de ce peintre au moment de la publication de la réclame:
https://books.google.fr/books?id=GsIaAQAAMAAJ&pg=PA305&dq=cath%C3%A9drale+roche+sur+yon&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjKqM2p1vrsAhUjDGMBHc73BTM4FBDoATAIegQIARAC#v=onepage&q=cath%C3%A9drale%20roche%20sur%20yon&f=false

Le 11/11/2020 à 15h50, le00h20 a écrit :

La fondation Custodia à Paris, conserve dans son riche fonds dévolu au peintre Paul Baudry, un cliché* anonyme de sa maison natale.
Contemporain de l'encart publicitaire de 1885, il représente la facade de l'échoppe tenue par son frère Auguste (1830-1897) et dont la devanture indique "Grand Magasin de Chaussures".

Note des Archives : une copie du cliché a été ajoutée dans le texte du billet

* 1993-A.593/595

Le 12/11/2020 à 06h10, Jean-Pierre LOGEAIS a écrit :

La place Napoléon a porté depuis sa création les noms (officiels ou d'usage) de Grande Place, Place Centrale (avant 1809), Grande Place Impériale ou Place Impériale (1809). Relevé dans les actes notariés d'un immeuble en façade sur cette place : Place Royale (1840), Place Napoléon (1842). Grande Place (1850, 1855), Place Napoléon (1860, 1871,1885), Place d'Armes (1908, 1921), Place Napoléon (1937).

Le 13/11/2020 à 07h01, Jean-Pierre LOGEAIS a écrit :

Les plans cadastraux de 1842 de La Roche-sur-Yon montrent que la rue de la Cathédrale partait de la rue de Saumur, longeait la façade de l'église et continuait seulement jusqu'à la rue des Halles puisqu'au delà, à cette époque, elle ne pouvait rejoindre la rue du 93e R.I.
Quelques renseignements complémentaires sur la famille de Paul BAUDRY et sa maison natale, à voir à https://logeaisjp.blogspot.com/search?q=Paul+Baudry, aux articles datés du 17.09.2012, 14.06.2011, 08.05.2011.

Le 14/11/2020 à 23h20, Archives £ a écrit :

Que voilà une question finalement vite et bien tranchée, qui nous ouvre néanmoins des perspectives sur l'histoire et les ambitions de cette ville nouvelle de La Roche-sur-Yon...

La place tout d'abord, n'avait pas de nom bien précis. Jean-Pierre Logeais la voit qualifiée de grande, impériale ou royale dans les actes notariés jusqu'en 1860. Curieusement, il la voit une fois déjà qualifiée de Napoléon en 1842, soit bien avant l'érection de la statue. Peut-il le confirmer? On est même encore sous la monarchie de Juillet, il est vrai deux ans déjà après le retour des cendres de l'Empereur, ramenées de Sainte-Hélène aux invalides dans un grand concours de propagande qui finit par profiter à son neveu. Si la mention est exacte, on aurait là un signe de la résurgence du souvenir de l'Empereur dans la ville qu'il a fondée, et la manifestation d'une reconnaissance populaire: il se pourrait bien en effet que la municipalité n'ait pas pris d'arrêté particulier en ce sens, et qu'on ne se posait pas tant de questions encore sur le nom de cette "grande" place, au mieux impériale ou royale.
Le nom s'imposa-t-il de lui-même avec la statue sous le Second Empire? En tout cas c'est bien par réaction que la Troisième République paraît s'y être refusée et avoir suscité cette "place d'armes" très militaire, qui n'est donc qu'un nom tardif et en en rien lié à des origines militaires de la ville. Enfin, en 1921, la municipalité renoue avec l'usage que l'imposante statue avait dû continuer de soutenir.

La rue de la cathédrale. C'est donc, d'après le cadastre, toute la portion de rue qui court devant Saint-Louis et s'enfonce jusqu'à la rue des halles. Du moins jusqu'à ce qu'en 1886, date où la municipalité lui donna le nom de Paul Baudry, le premier grand homme natif des lieux!. 00h20 nous en a envoyé une photographie d'époque de la maison, qui n'a guère changé. On a donc eu le ressentiment long, à La Roche-sur-Yon. Ressentiment, ou bien l’espoir bien accroché de donner une vocation digne de son ampleur à l’église immense d’une petite ville. On aura maintenu une rue de la cathédrale, de sa construction en 1816 jusqu’en 1886, 70 ans durant, alors que dès 1817 (révision du concordat) l'affaire était close.

L'histoire de La Roche-sur-Yon reste marquée par sa croissance lente dans un pays dont les villes, même petites, pouvaient continuer à être en rivalité. Elle a beau l’avoir emporté par sa démographie, depuis environ la guerre de 1914, elle demeure en rivalité dans un pays où le dynamisme sourd d'un "plat pays" qui ne s'en laisse pas conter et n'est pas asservi à sa capitale, comme on le voit si souvent ailleurs.

Le 15/11/2020 à 07h48, Jean-Pierre LOGEAIS a écrit :

L'information " Place Napoléon " pour l'année 1842 ne vient pas d'un acte notarié - désolé pour cette erreur - mais de la mention portée sur le plan cadastral de la section E, 1ère feuille, coté 3 P 191/27. Son écriture semble être identique à celle du cartouche et dater donc de l'établissement du plan en 1842.

Le 18/11/2020 à 05h39, Jean-Pierre LOGEAIS a écrit :

Le cliché conservé à la Fondation Custodia montre la maison natale de Paul BAUDRY après sa reconstruction. Il date d'après octobre 1891, lorsque Lucien REMAUD, boucher, - dont on aperçoit la devanture à son nom sur la gauche - , a succédé à Léonidas FEBVRE (Le Libéral de la Vendée, 23.10.
189.

Le 18/11/2020 à 05h50, Jean-Pierre LOGEAIS a écrit :

Suite à une erreur de manipulation, je reprends mon commentaire :
Le cliché conservé à la Fondation Custodia montre la maison natale de Paul BAUDRY après sa reconstruction. Il est postérieur à octobre 1893, date à laquelle Lucien REMAUD, boucher, - dont on aperçoit la devanture à son nom sur la gauche - , a succédé à Léonidas FEBVRE (Le Libéral de la Vendée, 23.10.1893). Lucien REMAUD a conservé son commerce au moins jusqu'en décembre 1894. En 1896, il était déjà remplacé par une mercerie tenue par Marie Louise VINET, épouse de Théophile FILHON (Recensement LRSY, vue 139/177).

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