L@boratoire des internautes

Les faux des Vendéens de 1793

Aux premières heures de l'insurrection de 1793, les Vendéens s’armèrent de bâtons, de piques, de faux emmanchées à rebours, de fourches aiguisées, de couteaux et, bientôt, de fusils et de baïonnettes prises sur l'ennemi. 

Un internaute, intrigué par la mention récurrente de faux emmanchées droites, s’est demandé comment les insurgés redressaient la hampe de leur outil et propose une hypothèse. La partagez-vous ? 

Connaissez-vous des témoignages (pièces officielles, correspondance, textes littéraires…) sur la fabrication de ces armes redoutables ? 

   

Les paysans vendéens de 1793 n’avaient pas plusieurs faux et faire redresser une hampe, à chaud, par un forgeron, n’était pas de nature à prolonger la vie de leur outil. En outre, devant l'urgence d'une attaque, redresser quelques dizaines de faux aurait pris pas mal de temps au forgeron. 

Les photographies présentées ci-dessous illustrent l’hypothèse émise par Monsieur Camille Renaud : pour emmancher droit une faux, il suffirait de retirer la clavette de fixation de la hampe, puis de retourner l’étrier. 

  

Faux normale Faux droite

  

La faux qui sert à la démonstration a un bon siècle et doit se rapprocher de celles du temps du soulèvement. Le manche est plus récent, mais l’étrier est d’origine. La clavette plate d’origine a été remplacée par une pointe, mais cela ne change rien à la démonstration. 

  

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Maraîchin aiguisant sa faux (RABILLER Gérard, Gens du marais, Offset 5, 1991) [cliché accompagnant le commentaire de M. Renaud du 17-01-2018] : 


Date de publication : 01 juin 2017

Auteur du billet : Camille Renaud

Liste des commentaires

Le 18/06/2017 à 21h13, Desmars jean-claude a écrit :

Bonjour. Je suis d'accord qu'un système devait permettre le montage droit sans modifier l'outil à la forge. Seulement : tous les étriers ne sont pas identiques et n'autorisent pas tous le montage suggéré. Merci pour votre intérêt.

Le 26/06/2017 à 13h01, MOREAU Grégoire a écrit :

N’étant pas du métier...l'hypothèse est intéressante...enfin faudrait-il demander à plusieurs forgerons encore en activité leur sentiment.
N’oublions pas que cette position de la lame n'est quand même pas naturelle et n'avait pas cours avant l'insurrection ..Quant à l'assertion ".devant l'urgence d'une attaque, redresser quelques dizaines de faux aurait pris pas mal de temps au forgeron" il faut peut-être la nuancer...mettons à part le soulèvement spontané des 11 au 14 mars...où je pense les hommes ont pris ce qu'ils pouvaient sous la main...pour les insurgés de la basse Vendée, ils ont attendu une dizaine de jours avant d'attaquer les Sables...ils ont utilisé certes des faux, mais beaucoup (quand on lit les interrogatoires des prisonniers) n'avaient que des "bâtons", des "piques" (est-ce une indication pour la faux renversée..?) et certains des fusils... .dans la série L, L1061, on a un mémoire d'un armurier de Talmont, Bertrand, qui récapitule tout le travail qu'il a du faire pour réparer les fusils de nombreux insurgés des "compagnies de St Pal et du Chaffault", il dit qu'il a travaillé le 26,27, 28 mars 1793 "nuit et jour"...il est possible que les taillandiers et les forgerons aient fait de même...les insurgés à mon avis, ont pris le temps et le soin de s'armer...même s'ils ont manqué d'armes, car ils ont été des milliers à converger vers la cité sablaise... UN grand merci en tout cas pour cette question...

Le 29/06/2017 à 15h42, Camille RENAUD a écrit :

Je suis tout à fait d'accord avec les deux commentaires. Il faudrait comparer les étriers de faux anciennes. La faux que j'ai est-elle différente ?
Concernant l'urgence des attaques: là aussi, je suis d'accord ... pour ce qui concerne l'attaque des Sables. Mais dans le marais de Monts que je connais bien, de multiples escarmouches se sont produites à l'improviste. Les maraîchins attaquaient et disparaissaient aussitôt. Les "bleus" n'ont jamais été en terrain conquis dans ce secteur. L'urgence de l'armement en "lance" des faux était aussi grande que la remise en état normal pour le travail de fauche.

Le 17/01/2018 à 09h50, Camille Renaud a écrit :

Bonjour,

En complément de mon billet sur l'usage des faux des Vendéens de 93, je consulte un ouvrage de Gérard RABILLER, « Gens du marais », paru en 1991 aux éditions Offset5 de La Mothe-Achard.

J'y trouve, page 19, la photo d'un maraîchin aiguisant sa faux (aiguisage à la pierre à eau) [NDE la photo a été ajoutée au bas du billet].

Vous constaterez que l'étrier de la faux est identique à celui que j'ai et que j'avais présenté.

Le maraîchin avait conservé la clavette en fer (renforcée par un coin en bois).

Je m’interroge sur la particularité de cet étrier.

• Pourquoi les forgerons du secteur fabriquaient-ils un étrier aussi compliqué ? Un tube simple aurait fait l'affaire. Ils n'avaient pas, à leur disposition, la soudure acétylène ou, a fortiori, électrique. Ils n'avaient que les plaques à souder qui servaient à souder les fraies du marais (un plat de fer de chaque côté d'un plat d'acier). Cela existait encore il y a moins de 50 ans ; je l'ai vu)

• Je pense que cet étrier permettant de mettre la faux droite avait une utilité avant 93. J'en propose une : mettre la faux droite permettait de "parer" les barges de foins, avant de les coiffer des "résilles" de trolles. Celles-ci étaient indispensables pour empêcher le vent du marais de détruire les barges. Le marais n'avait que peu d'arbres. En outre, le maraîchin était fier de sa barge bien peignée. La faux emmanchée droite lui permettait de couper les touffes de foins dépassant sur les bords.

• Alors est-ce que, dans le reste de la Vendée, là où les arbres protègent les barges, il était nécessaire de les coiffer et de les peigner ? Dans la négative, l'étrier "maraîchin" n'était pas utile.

• Est-ce que nous avons des témoignages indiquant que les Vendéens de 93, ont attaqué avec des faux droites, dans l'est de la Vendée ? Par exemple au Pont-Charrault, à Montaigu, à Cholet ?

Je vous remercie.

Camille RENAUD

Le 04/03/2018 à 17h43, D. RONDEAU a écrit :

M. RENAUD,
Bravo pour votre hypothèse, j'ai été convaincu.
Mais le sujet est plus complexe qu'il n'y paraît de prime abord. Pour trouver la plupart des éléments de réponses à vos questions précises, je vous invite à lire le livre, illustré et disponible gratuitement en ligne, de Jean-Marie CROSEFINTE, intitulé "L'armement du combattant vendéen", en particulier à partir de la page 21 sur la faux et à partir de la page 32 sur le coupe-paille qui lui ressemble tellement:
http://guerre.vendee.free.fr/ressources/armement_vendeens.pdf

Le 17/03/2018 à 23h02, D. RONDEAU a écrit :

Selon le contenu du livre que j'ai mentionné, la faux semble avoir été utilisée en Vendée uniquement au début de l'insurrection car elle s'est avérée être trop fragile lors des combats.

J'ajoute d'ailleurs que les représentations des combattants avec des faux sont appelés "chouans" ce qui entraîne la confusion avec des combattants bretons qui ont, en fait, peut-être - c'est à vérifier - davantage utilisé cet instrument agricole que les Vendéens lors des affrontements.

En consultant un site qui recense les représentations anciennes de faux:
http://heraldie.blogspot.fr/2013/01/la-faux-la-faucille-et-la-serpe-en.html
j'ai découvert la variété des lames selon les usages (en particulier les épais "fauchons" à ronces et broussailles dont le nom indiquerait aussi un sabre en langue française) et surtout la variété des formes des manches en bois (selon les régions cette fois).

Dudit site consacré à l'héraldique, un lien pointant vers un ouvrage du XIXe siècle:
https://books.google.fr/books?id=d3tBAAAAcAAJ&hl=fr&pg=PA287#v=onepage&q&f=false
m'apprend que concernant la faux de Bretagne, "le manche est beaucoup plus long qu'ailleurs et terminé par un morceau de fer (transversal) destiné à faire équilibre avec le poids de la faulx (...)." AMHA, c'est sur ce dernier morceau perpendiculaire qu'il serait le plus judicieux de fixer la lame, démanchée du bois et emboutie à cette autre extrémité, métallique cette fois, pour l'obtenir désormais rapidement pointant automatiquement dans le prolongement de la longueur du manche.

De même, si, il y a plus de deux siècles, la faux vendéenne avait la poignées en bois destinée à tenir l'instrument avec la main gauche située naturellement (ou alors après découpe à la scie à bois du petit morceau de début manche devenant en trop) au début du grand bois, il aurait été aisé de fixer la lame sur cette poignée, éventuellement avec l'ajout de la clavette plate et de tenir alors cette arme facilement constituée par le bout opposé (à l'endroit où la lame était fixée peu de temps auparavant pour le fauchage ou le débroussaillage).

Le 01/05/2018 à 14h10, F.Pire a écrit :

Ce n'est pas ça qu'on appelle un falsart ou faussart, faux emmanchée droite au bout d'une hampe ? Si c'est le cas le principe est bien plus ancien ...

Le 12/09/2018 à 17h52, Dr Edward Impey a écrit :

Voir l'oeuvre de Jean-Marie Crosefinte 'L'armement du combattant Vendeen', pages et planches 21-31. Les lames de faux 'remanchees' etaient tres certainement utilises dans la guerre entre c. 1500 and 1939, surtout en Pologne. J'ai fait de la recherche dessus, et j'ai fait moi-meme une telle arme. Ou se trouve le 'faux droit' dont vous donnez un photo? Best wishes, Edward Impey

Le 13/09/2018 à 18h21, D. RONDEAU a écrit :

Dans le cadre des Journées du Patrimoine, une conférence portant sur "les faux dans les œuvres d'art" sera donnée, samedi 15 septembre 2018 à 15h30, dans la salle des fêtes de Vouvant, par Philippe WALTER, professeur à l'Université Paris-Sorbonne. Je ne sais pas si cet exposé permettra d'aborder le thème de la fixation des lames de faux vendéennes sur les manches à la fin du XVIIIe siècles.

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