L@boratoire des internautes

Un "bénitier" à Saint-André-d'Ornay

En granit, d’une hauteur et d'un diamètre d’60 cm, ce bloc octogonal est percé d'une cuvette de 18 cm de profondeur et de 45 cm de diamètre. 

Quelle en est l'origine ? Provient-il d’un édifice religieux ? Si oui, que sait-on de l'histoire de l'église de Saint-André-d'Ornay ?  

L'internaute qui soumet cette énigme apporte des éléments qu'on peut compléter grâce au fichier de l'abbé Delhommeau. Une charte datée de 1090 indique que Pierre, fils d'Arnaud et chanoine du prieuré Saint-Lienne de La Roche-sur-Yon, donne l'église de Saint-André-d'Ornay à l'abbaye de Marmoutier. En 1534, Pierre Marchand, archidiacre de Luçon, visite l'église de Saint-André-d'Ornay située sur la route de Venansault. S'agit-il de l'édifice du Xe siècle ou d'un autre, plus récent ? 

Le bâtiment subit ensuite les affres des guerres de religion en 1568, puis des colonnes infernales en 1794. Le site est remis à la commune en 1817 et les pierres employées en 1854 comme matériaux pour la construction du nouveau lieu de culte, l'église actuelle. Le bloc de granit est déposé près du porche. Jusque dans les années 60, le garde-champêtre montera sur ce promontoire pour proclamer les informations municipales, avant qu'il ne soit déplacé et oublié dans le jardin du presbytère. 

De tradition orale, il s’agirait d’un ancien bénitier. Peut-on confirmer son usage ? 

Quelle est la signification des lettres qui y sont gravées ?  

Merci pour les éléments que vous pourrez apporter.  


Date de publication : 24 juillet 2015

Auteur du billet : Robert Fouchard

Liste des commentaires

Le 27/07/2015 à 15h32, MARQUET a écrit :

J'ai du mal à penser que ce vestige soit un bénitier. Plutôt un élément de colonne ou de stèle.
D'après le schéma il ne fait que 60 cm de haut, sauf à être posé sur un socle, ou scellé dans un mur, il est trop bas. Par ailleurs toutes les vasques ne sont pas des bénitiers. Ceux-ci sont apparus dans nos églises au 12ème siècle, et tous ceux qui nous sont parvenus, romans ou gothiques, lorsqu'ils sont travaillés, sont ornés d'éléments figuratifs ou d' entrelacs de feuilles, et lorsqu'ils portent une inscription celle-ci est en latin et religieuse. Ce qui ne semble pas le cas de cette pierre.
La photo ne nous présente qu'une partie gravée, c'est à dire deux faces sur les 8 si c'est un octogone comme indiqué. Les mots sont incomplets étant donné les vides sur une pierre qui semble avoir perdu de son épaisseur en certains endroits.
Si l'on s'en tient au relevé de votre internaute on a FEM ( pour Feme ou Fame qui au moyen âge voulait dire Dame ?) CAE ( nom de famille tronqué ?)- SPAID (au moyen-âge et encore aujourd'hui veut dire en anglais châtrer !) - LEA ( prénom de la personne dont on parle ? Léa première épouse de Jacob dans la Bible, ou Sainte Léa riche veuve de Rome au IVème siècle, qui fonda un monastère avec l'aide de St Jérôme ?) F16 (ou Fis ? passé simple de faire ?). Plus de questions que de réponses.
Vous évoquez le Prieuré de St Lienne de Bourg sous la Roche, je penserais plutôt à l'abbaye des Fontenelles qui n'a cessé depuis sa construction au 13ème siècle d'être vandalisée et dont les éléments ont été éparpillés,par les anglais (Plantagenêt) les protestants, la Révolution....Construite en granit style gothique angevin, par Guillaume de Mauléon et Béatrice de Machecoul connue pour sa légende noire.
Quant à la tradition orale que vous évoquez, la trace en remonte à quand ? S'il était connu que ce vestige était un bénitier, on voit mal comment le curé de St André d'Ornay l'aurait abandonné à la porte de son église et aurait laissé le garde-champêtre monter dessus pour y faire ses annonces, puis l'aurait abandonné plus tard dans un coin du jardin du presbytère !

Le 31/07/2015 à 00h53, le00h20 a écrit :

Le chanoine Billaud a dans son "Histoire religieuse de Chavagne-les-Redoux" au troisième chapitre*, relatant les vicissitudes de l'ancienne paroisse des Redoux, illustré son propos, d'un cliché en noir et blanc décrit comme étant le bénitier provenant de cet ancien lieu de culte.

A rapprocher plutôt de la pierre taillée, aujourd'hui conservée à Saint-André-Treize-Voies, objet d'un billet ouvert ici le 30 octobre 2011 et clos le 30 avril suivant.

* in Archives du diocèse de Luçon, 1969, p. 39, fig. 7

Le 03/08/2015 à 16h00, MARQUET a écrit :

Dans nos campagnes combien d'auges, bacs, fontaines en pierre, rectangulaires, octogonaux, ronds, avec ou sans trou d'écoulement, ont été récupérés depuis des siècles sans qu'on sache d'où ils provenaient. On en trouve aujourd'hui sur des sites comme le bon coin et autres vendeurs de pierres "anciennes".
On peut les baptiser bénitier, et pour ce faire, comme la répétition tend à devenir preuve, se référer à une soi-disant "tradition orale" qu'on serait bien en peine de dater la plupart du temps. Mais se fonder sur un postulat erroné ne saurait aboutir à des résultats justes.
L'intérêt de la pierre proposée dans ce billet réside pour l'instant dans son inscription dont le déchiffrement ouvrirait peut-être des horizons.
Qui se sent l'âme d'un Champollion ?

Le 05/08/2015 à 10h51, Robert Fouchard a écrit :

M. Fouchard, auteur de ce billet, nous apporte de nouveaux éléments. Il a relevé l’observation suivante de l’abbé Joseph Renaud : « J’ai lu quelque part que dans l’art funéraire gallo-romain, il existait des stèles de différentes formes, voire octogonales, avec un petit creux au sommet (pour recevoir des offrandes…) ».
Une piste de recherche peut-être ?
Le cimetière initial de Saint-André-d’Ornay était autour de l’église. Une église qui existait avant le XIe siècle. Mais l’époque gallo-romaine nous fait remonter au moins au Ve siècle de notre ère.
Si stèle il y a, elle aurait échappé aux destructions successives et donc bénéficié de sauvetages, sans justifications particulières (du moins consignées, transmises) au rythme de l’histoire.

Le 05/08/2015 à 17h42, MARQUET a écrit :

C'est tout à fait vrai. Cette pierre fait en effet penser à une cippe gallo-romaine, pierre dressée sans base ni chapiteau, creusée à sa partie supérieure d'une cupule. Le plus souvent monuments funéraires avec sur leur face principale une inscription rappelant les nom, parenté, titre et action du défunt, ces cippes étaient aussi placées sur les routes romaines en guise de bornes militaires et on y gravait les distances d'un lieu à un autre.
On en trouve en Bretagne et notamment dans le Morbihan :
- à Huelgoat, une stèle circulaire à sections octogonales et à cupule, au pied du calvaire de ND de Brennilis.
- A Elven, Chapelle St Christophe, une borne militaire cylindrique provenant probablement de la voie romaine de Vannes à Rieux.
- Au Musée de Rochevilaine : des Ossaria (pluriel de Ossarium), monuments ou coffres de pierre destinés à recevoir les cendres d'un défunt. Le fût où on plaçait les cendres était cylindrique, polygonal ou conique.
(Voir Joël le Cornec, Sté d'Histoire et d'archéologie du Pays de Lorient : Les ossaria une pratique funéraire gallo-romaine en pays vénète.)
Les épitaphes gravées sur les stèles l'étaient en lettres capitales avec des abréviations et des formules usuelles tenant compte de l'espace du support. Les lettres pouvaient être liées ou incluses, ou au contraire séparées par des points ou des hedera. Ce qui ne nous facilite pas la lecture ! Ainsi dans l'épigraphie gallo-romaine le F représentait Filii ou Filia, HSE : Hic Situs Est, HSS : Hic Siti Sunt, le I pouvait être un I ou un J, CAE(S) voulait dire César, et certains gentilices ou noms de famille pouvaient être abrégés : IUL pour IULIUS.

Le 07/08/2015 à 23h07, Donat a écrit :

Pas sur que l'épigraphie soit antique. Ca fait plutôt médiéval.

Ne peut-on disposer de plus de photos pour faire le tour de cette pièce, même si l'on ne voit rien d'autre, la voir de dessus (hypothèse du billet précédent), et avoir des agrandissements de l'inscription ?

Le 13/08/2015 à 15h32, Marquet a écrit :

Les gallo-romains ne faisaient que reproduire en plus "rustique" les cippes étrusques. Les civilisations se succėdent et chacun recueille l'héritage de celle qui précėde.
Entre les gallo-romains et le moyen-âge que de bouleversements ! Invasions des "Barbares"; les francs, la renaissance carolingienne troublėe par l' invasion des VIkings et des Normands, jusqu'à ce que le Poitou s' installe dans la fėodalité. Combien de destructions et de reconstructions avec chaque fois réemploi des vestiges des époques précédentes.
Seule la compréhension du texte peut nous éclairer sur l'époque, mais il est plutôt abscon. Or, les inscriptions romaines et gallo-romaines qui nous sont parvenues sont en latin et gravées en creux ; les inscriptions médiévales en latin, en écriture gothique également gravées en creux. Or, celle qui nous est proposée est gravée en relief, les lettres sont en caractères latins, mais le texte ne nous dit pas si c'est du latin. Le J n'est apparu qu' au moyen-âge, le "I" traduisait aussi bien le i que le j. Enfin s'il s'agit bien d'un 6 en bas, ce ne pourrait être une inscription latine ou médiévale, seuls les chiffres romains étant employés. Si l'on prend le mot SPAID : à priori il ne ressemble pas à un mot latin, mais chaque lettre peut représenter l'initiale d' un mot comme on le voit souvent sur les stèles. Ô combien difficile à reconstituer aujourd'hui. C'était la sténo de l'époque pour écrire un grand texte sur un petit espace.
On en perd son latin !!

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