L@boratoire des internautes

Gaston, général vendéen sans le savoir

Comment donner des noms de chefs à un mouvement apparu sans en avoir ? Le cas de Gaston est emblématique du soulèvement vendéen. Les Révolutionnaires, persuadés d'avoir à faire face à un complot, se servirent de son nom pour en désigner l'auteur dans les tout premiers jours. L'émigration, de son côté, le croyait encore général en chef en août 1793, alors qu'il était mort depuis la mi-avril et n'avait jamais eu d'envergure. 

  

Quels sont les premiers textes signalant Gaston ? 

  

Une proclamation de la Convention, en date du 23 mars, le mettrait en tête d'une liste de rebelles dont la mort serait récompensée. Dispose-t-on de cette proclamation ? Est-ce elle qui eut un tel retentissement à l'étranger, et fit passer Gaston pour le chef de la Vendée ? 

  

Gaston est cependant tué lors de la prise de Saint-Gervais, le 15 avril 1793. Cinq "Vendéens" transfuges confirment son identification à la suite du procès-verbal de sa capture et de son exécution, que signent vingt-sept militaires et leur chef Esprit Baudry. Celui-ci réclame aussitôt les 6000 livres de récompense promises par le décret du 23 mars. Les conventionnels Niou et Goupilleau annotent la pièce en leur faveur ( voir images numérisées et transcriptions en lien

  

Peut-on identifier le lieu du combat ? 

  

Ce serait un village proche de Saint-Gervais, en direction de Beauvoir, disposant d'un moulin à vent, et désigné dans un témoignage indirect comme s'appelant La Salle. 

  

Connaît-on l'identité de Gaston ? 

  

L'historiographie en a fait un Breton, de son vrai nom Bourdic. Mais lui-même, à son arrestation, aurait reconnu être de Saint-Christophe-du-Ligneron. Y avait-il de la famille ? 

  

La mort de Gaston ne paraît pas avoir valu 6000 livres. Outre le procès-verbal précité, elle est rapportée par une lettre imprimée en forme de placard qu'on découvrira dans le lot d'images. 

  

D'autres pièces d'archives signalent-elles le rôle de Gaston et ses  responsabilités ? 


Date de publication : 28 janvier 2013

Auteur du billet : Archives Vendée £

Liste des commentaires

Le 07/02/2013 à 15h45, Philippe Jaunet a écrit :

Si nous ignorons pour l'instant tout de son parcours antérieur, nous remarquons l'unique présence du futur "général" Gaston dans le registre paroissial de Saint-Christophe-du-Ligneron à la date du 15 décembre 1790, à l'issue de la bénédiction nuptiale de Françoise Durand et du garde national Charles Dodin, également assisté d'autres collègues. Troublante coïncidence, le 11 du même mois, apparaît pour la première fois la signature du tout nouveau vicaire de la paroisse : Joseph-André-Vincent-Maurice Regain, originaire du comté des Olonnes et fils d'un maître orfèvre des Sables, qui est accusé d'avoir convaincu une partie des Ligneronnais de se soulever contre les autorités le 1er mai 1791. Gaston est ce mystérieux tambour de la garde nationale ligneronnaise, que les ameutés avaient agressé selon le rapport de ses collègues, mais que ceux-ci dénoncèrent pourtant dès le 29 juin, pour des propos jugés incendiaires, tels que "bientôt les habits bleus deviendraient rouges". Aussitôt arrêté et interrogé le lendemain à Challans, Jean-François Gaston, perruquier de son état et âgé de 24 ans, répondit plutôt évasivement aux questions qui lui étaient posées, prétendant rapporter les propos qu'un soldat de lui inconnu avait prononcés, ajoutant qu'il était resté caché chez lui le jour de l'émeute de Saint-Christophe (A.D.V., L 1727).

Le 07/02/2013 à 15h52, Philippe Jaunet a écrit :

Jean-François Gaston se montrerait plus déterminé lors de la grande insurrection de mars 1793, passant, en dépit de sa disparition prématurée, survenue le 15 avril au combat de Saint-Gervais au terme de cinq semaines de combats, aux yeux des cours européennes et pendant de longs mois, pour le général en chef de la contre-Révolution. Bénéficiant lui aussi de l'amnistie du 15 septembre 1791, il fut libéré et se fit vraisemblablement discret jusqu'à ce matin du 11 mars 1793 à Palluau, où il provoqua une émeute qui conduisit à l'interruption de la vente des poissons provenant des douves du château, qu'avait commencée le receveur de la régie pour le bénéfice de la Nation.

Le 07/02/2013 à 16h08, Philippe Jaunet a écrit :

Bien que les origines les plus fantaisistes lui eussent été prêtées, notre "général en chef" déclarant lui-même s'appeler Jean-François Gaston dans l'interrogatoire subi le 30 juin 1791, nous avons tout simplement consulté la base de données de "Noms de Vendée", disponible sur le site des archives départementales, pour tenter de préciser son identité. Les renseignements retrouvés nous permettent d'envisager l'hypothèse d'une origine bien vendéenne, chaumoise plus particulièrement. Les registres paroissiaux de cette localité ayant malheureusement été très mal tenus, nous disposons de deux types de reconstitutions qui nous révèlent le baptême du seul enfant issu du couple Jacques Gaston-Catherine Blay : tantôt prénommé Jean et baptisé le 29 août 1766, tantôt appelé Jacques-François et baptisé le 23 décembre de la même année. Que nous choisissions l'une ou l'autre de ces dates, le fils du marin chaumois Jean Gaston est âgé de 24 ans au moment de son interrogatoire. La confirmation de cette hypothèse pourrait venir de la découverte du marché d'apprentissage de Jean-François Gaston, reçu dans un lieu que nous ne connaissons point mais qui n'est sans doute pas très éloigné de son lieu d'installation.

Le 07/02/2013 à 16h15, Philippe Jaunet a écrit :

L'énigme de l'origine de Jean-François Gaston puorrait être définitivement résolue si nous parvenions à identifier ce "Lasserre" qui, témoin de sa mort et très vraisemblablement militaire dans l'un des détachements républicains qui participèrent au combat de Saint-Gervais, déclare le connaître depuis 1787, c'est-à-dire trois ans avant son arrivée à Saint-Christophe-du-Ligneron.

Le 15/02/2013 à 00h05, Archives Vendée £ a écrit :

Nous attendons donc qu'un internaute découvre le marché d'apprentissage du perruquier Jean-François Gaston, pour avoir plus de certitude quant à son identification avec un Chaumois.

Reste tout de même la question de la rumeur qui en a fait le général de toute la Vendée. D'où est-elle partie ?

Le 13/10/2013 à 11h52, MERIAU Lionel a écrit :

Gaston est un nom répandu en diverses régions, dont effectivement en Vendée, mais généralement dans le grand sud-ouest. En revanche, Lasserre n'est pas un nom Poitevin, mais on le trouve aussi très ancré dans le grand sud-ouest. Pour qu'il s'en trouve un en Vendée en 1793, il faut probablement qu'il y soit venu avec l'armée républicaine. Je joue sur du velours en écrivant cela car je connais d'avance la réponse. Mes recherches m'ont fait connaître Joseph Lasser(re) venu épouser à Sallertaine, le 5 novembre 1797, ma cousine Jeanne Meriau. Joseph Lasser(re), maçon de profession, est pour l'heure caporal à la compagnie auxiliaire du deuxième Bataillon de la vingt-huitième demi-brigade d’Infanterie légère, cantonné à Sallertaine. Il est dit originaire de la commune de Montagnac, département de la Dordogne, fils des défunts Pierre Lasser et Josete Noyant. Les Meriau sont très catholiques et le soldat républicain a accepté un mariage religieux célébré par Mazerolles, prêtre réfractaire dans les marais pour les paroisses de St Gervais, St Urbain, Sallertaine, etc. Sur l'acte du mariage religieux, les informations diffèrent légèrement : fils de Pierre Lasser et de Josephe Nouaillant, originaire de la paroisse de la chapelleoubarré, diocèse de Périgueux, qu'il faut comprendre comme La Chapelle-Aubareil, dans l'actuel canton de Montignac, département de la Dordogne. Montagnac / Montignac : il a pu se glisser une coquille dans l'acte civil. Quoi qu'il en soit, ces détails ne sont pas fondamentalement contradictoires.
Ce Lasserre-ci est-il bien le même que celui qui témoigne avoir vu mourir Gaston au combat de St Gervais ? Il n'existe évidemment aucune certitude. Mais rien ne s'y oppose non plus : sa compagnie n'est-elle pas cantonnée sur la paroisse voisine ? Il conviendrait cependant de s'assurer de la date d'incorporation de Lasserre.
En se mariant en 1797, Joseph Lasserre déclare avoir 24 ans. Il en comptait donc 21 en 1793 et 14 en 1787, date où il prétend avoir connu Gaston. Ce dernier comptait lui-même 20 ans, ayant 24 ans en 1791. Tous deux sont donc des jeunes gens lorsqu'ils se rencontrent. Il n'est pas imaginable que Lasserre soit déjà soldat en 1787 en Vendée, quatre ans avant les premières émeutes. Il a vraisemblablement rencontré Gaston dans sa province d'origine. Il était sans doute déjà apprenti, peut-être à Périgueux ou une autre ville un peu importante de la Dordogne ou du Cantal. Dans cette hypothèse, Gaston serait également originaire de cette région ; de fait, il se trouve diverses familles Gaston très anciennement implantées dans l'actuel Cantal.
Mais tout cela reste conjectural, bien entendu.

Le 14/10/2013 à 16h13, Philippe Jaunet a écrit :

Je remercie Lionel Meriau pour toutes ces précisions. J'avais retrouvé ce Joseph Lasserre, mais ne l'avais point retenu, le maçon de Montagnac ne semblant pas savoir écrire. Si toutefois c'était le cas, il suffirait de comparer sa signature avec le témoin déclarant connaître Jean-François Gaston depuis 1787. A suivre avec beaucoup d'attention...

Le 16/11/2013 à 17h51, le00h20 a écrit :

Joseph Rousse signalait Gaston dans "Le Moniteur" du 19 mars 1793, p. 354 et dans l'édition datée du 23 suivant en page 369 (in "Les lieutenants de Charette" Nantes, 1899).
Henri Bourgeois évoquant les attestations à la suite du rapport sur les circonstances de la mort de Gaston, citait Lasserre, sans indication de prénom, certifiant "avoir reconnu Gaston, le connaissant depuis huit jours" (in "Statues et statuettes de la Vendée militaire" Luçon, 1903).

Le 21/12/2013 à 01h30, le00h20 a écrit :

H. Lesueur, débutait sa notice consacrée à Gaston insérée au tome 19 (pages 611-612) de la "Nouvelle biographie générale..." du Dr. Hoefer, en mentionnant le Conventionnel Niou qui le signala comme "généralissime".
L'auteur renvoie à l' "Histoire de la révolution française" de Thiers, et à celle de Louis Blanc. Ce dernier puisa (Paris 1856, tome 8, pages 200,201 et n.4 p.307) dans les mémoires de Mercier du Rocher, de la Rochejaquelein, et dans les "Pièces contre-révolutionnaires" publiées par B. Fillon.,

Le 05/01/2014 à 01h12, le00h20 a écrit :

Au 3ème volume des "Mémoires secrets - de 1770 à 1830 - " du comte d’Allonville, publiés à Paris en 1841, l'auteur citait Gaston comme suit en p.377 :
« Quant aux agents royalistes de Paris, soufflant les princes, ou étant soufflés par leurs entours, que dire de ces hommes qui rapportaient et propageaient de tels mensonges ? Ces misérables, que l’on ne saurait assez flétrir, ne crurent-ils pas longtemps, comme tout Paris, que les armées royales de la Vendée étaient commandées par un certain Gaston qui avait voulu exciter une révolte dans le district de la Roche-Bernard et fut tué le même jour ? Ne prétendaient-ils point savoir que le duc d’Orléans était caché à Paris ? Enfin un agent nommé Nantiat ne mettait-il pas, dans une lettre du 29 novembre, à la tête d’une armée vendéenne, mon honorable ami Bonchamps, déjà tué avant le passage de la Loire, et dont la mort fut signalée par un acte immortel d’humanité généreuse ? »

Le 26/09/2014 à 18h35, le00h20 a écrit :

Le commissaire ordonnateur Lasserre (ici La Serre) est cité dans une lettre du général Boulard au général Chalbos en date du 10 août 1793, comme étant "arrivé avant-hier" au quartier-général d'Olonne, accompagné d'un administrateur général des vivres.
Cf. Histoire des Sables d'Olonne - Période Révolutionnaire - publié par la Société Olona, 1972

Le 27/09/2014 à 21h07, Archives Vendée £ a écrit :

On peut lire cette lettre dans le registre de correspondance active du général Boulard qui court du 16 juillet au 18 août 1793, coté SHD B 5/6-1. Il est en ligne sur ce site.
Mettre "Correspondance du général Boulard" dans le moteur de recherche. La liste des registre apparaît. La lettre, très intéressante pour les Sables, est vue 70-71 du lot d'images.

Le 14/10/2014 à 13h07, Philippe Jaunet a écrit :

J'avais remarqué la signature de ce commissaire ordonnateur, qui semble malheureusement différente de celle de celui qui témoigne de la mort de Gaston. Merci pour cette précision.

Le 15/12/2015 à 19h59, le00h20 a écrit :

Trois pièces datées respectivement des 9, 11 et 15 frimaire de l'an III, émanant du commissaire ordonnateur en chef de l'armée Laserre, et dont la dernière depuis le quartier-général de l'armée de Mayence et de Mannheim, comporte sa signature.
La graphie est pour l'essentiel assez proche à celle de ce Laserre figurant parmi les signataires du procès-verbal au document original annexé à la question.

A.N. AF II - 206 (Comité de Salut Public - Dossier 1750; pièces 10,11 et 12)

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