L@boratoire des internautes

Les Français de l’Étranger au front, 1914-1918

Rétrospectivement et au regard de la grande catastrophe que fut la guerre de 1914 en Europe, on s’étonne de l’adhésion générale, même et surtout sans enthousiasme, qu’elle paraît avoir suscitée. L’historiographie n’en finit pas d’explorer les manifestations de contraintes à la guerre, comme celles de son consentement. Les « fusillés pour l’exemple » sont là pour rappeler qu’on ne barguignait pas avec le devoir patriotique dans une société à l’esprit bien moins individualiste que la nôtre. À l’inverse, et sans avoir été des foudres de guerre, beaucoup de jeunes gens ont devancé l’appel en s’engageant volontairement, ou ont rejoint les bureaux de recrutement alors qu’ils étaient en rupture avec la société. 

Connaissez-vous des recrues que rien ne paraissait contraindre à rejoindre les drapeaux ?

Deux exemples donnés par des lecteurs-internautes des Archives de la Vendée illustrent l’esprit de ce mouvement. Il s’agit d’expatriés partis sans esprit de retour. 

  

Eugène Ragot (classe 1920, matricule-Fontenay-le-Comte-1259) est né au Manitoba (Canada), de parents partis de Saint-Maurice-le-Girard s’installer définitivement dans une colonie de peuplement appelée à former un second Québec, catholique et francophone. Comment mieux y mesurer leur intégration qu’en constatant qu’ils y ont été naturalisés en 1898, et qu’ils ont adopté le profil particulier de cette société minoritaire dont la survie, ou ici l’émergence, dans un océan anglophone et protestant, passait par une démographie dynamique ? Eugène Ragot (1895-1973), aîné de leurs vingt enfants et qui passa toute sa vie au Manitoba, a néanmoins rejoint la France en 1920 pour y faire son service militaire, dans l’Armée d’occupation de la Ruhr, en Allemagne. 

Pour en savoir plus, consulter la page d'histoire qui lui est consacrée.  

  

  

Pourriez-vous signaler d’autres expatriés vendéens, insoumis ou ralliés ?

  

Le Révérend Père Célestin de Mouilleron (Ferdinand Gogeon, classe 1905-La Roche-sur-Yon-554) n’est pas un migrant économique. Né à Mouilleron-le-Captif, comme le rappelle son nom de religion, il avait été repéré dès ses dix ans par un père capucin qui l’attire alors dans son ordre, à « l’école séraphique » de Millau, d’où il rejoignit le noviciat de Carcassonne en 1900. Celui-ci fut bientôt transféré en Espagne, en 1903, du fait de l’expulsion de la congrégation par le gouvernement français. Affecté au Canada, où il fit profession solennelle en 1905, le jeune religieux reçut la prêtrise en 1909 et passa ensuite trois années à Rome, où il soutint un doctorat en théologie. Contraint à l’exil pour sauver sa vocation religieuse, strictement interdite en France par un État farouchement anticlérical, le Père Célestin ne remplissait plus ses devoirs civiques. Déclaré insoumis en 1909 pour n’avoir pas répondu à la conscription, le banni de 1903 s’était donc interdit tout retour quand il se présenta volontairement à la mobilisation générale le 13 août 1914, douze jours après qu’elle eut été décrétée, … juste le temps de la rejoindre depuis l’étranger. 

Pour en savoir plus, consulter sa notice biographique dans le Dictionnaire des Vendéens. 

  

  

Vos exemples permettront de constituer une liste des expatriés mobilisés pour la guerre de 1914 et d’enrichir le Dictionnaire biographique de nouvelles notices. 


Date de publication : 12 novembre 2015

Auteur du billet : Archives Vendée £

Liste des commentaires

Le 22/11/2015 à 18h12, POUPLIN Noëlle a écrit :

Pour Yves Larrue auteur de "Eugène Ragot natif du Manitoba et conscrit de Vendée classe 1919" . Dans le livre du Centenaire de Notre Dame de Lourdes tout un article sur cette famille précise que 5 garçons sont venus faire leur service militaire en France. 3 filles sont restées ou revenues à Notre Dame de Lourdes mariées respectivement avec Paul Delaquis, Alphonse Girouard et Lucien Robitaille. I .l y a même une photo de la famille avec les parents et 18 des 20 enfants. La liste des enfants avec date de naissances, de décès et nom du conjoint est donnée dans l'article.

Le 24/11/2015 à 18h44, POUPLIN Noëlle a écrit :

L'oncle de Eugène Ragot, Gustave Fradin, né à Gourgé en Deux-Sèvres en 1888, fit la guerre de 1914 dans le 22ème régiment de l'armée canadienne. Il épouse en 1919 Julienne Ragot.
Dans les livres du centenaire des paroisses de Notre dame de Lourdes et Saint Claude au Manitoba, les soldats qui ont participé à la première guerre mondiale, soit dans l'armée française, soit dans l'armée canadienne sont nommés ainsi que ceux tombés au champ d'honneur: 8 pour N. D. de Lourdes, 18 pour Saint Claude. Certains étaient originaires de la Vendée et des Deux-Sèvres (immigration de 1890 à 1905 environ)

Le 29/11/2015 à 15h15, le00h20 a écrit :

De la classe 1903, le sursitaire François Veillon, arriva au front, en provenance du Japon, à l'automne 1915.
L'ordre de mobilisation générale n'épargna pas les français de l'étranger inscrits sur les listes consulaires.
L'ecclésiastique infirmier, âme pacifique entre toutes, sera envoyé à plusieurs reprises en convalescence à l'arrière, à Toulouse notamment, et à Montauban au sanatorium des Missions étrangères de Paris.

A Nagasaki le 3 octobre 1919, le Chambretaudais avait regagné définitivement sa seconde patrie.

Le 02/12/2015 à 17h45, Flytox a écrit :

A noter que le nouveau site des Archives, Soldats de Vendée 1914-1918, recense tous les conscrits "étrangers" matriculés en Vendée. Voir à la fin de la liste déroulante des lieux, les pays étrangers recensés. Très pratique !

Le 15/12/2015 à 19h32, le00h20 a écrit :

Au sujet de François Veillon, son supérieur écrivait en 1915, " sous l'habile direction de M. Pélu toujours alerte et vigoureux malgré ses 68 ans, le district des îles Goto est justement fier de ses 15000 chrétiens; mais lui aussi est en souffrance depuis le départ de MM. Heuzet et Veillon. " *
Heuzet revenu aussi en France, participer au conflit comme infirmier puis vaguemestre, était alors âgé de 45 ans.

* Société des Missions Etrangères de Paris, Comptes Rendus, Paris 1915, Ch. I Groupe des issions du Japon...Nagasaki, p.14

Le 28/01/2016 à 19h23, Villeneuve annie a écrit :

Merci pour ces archives des soldats de Vendée.je me suis fait un plaisir de retrouver les frères cousins et mon grand père. Quel travail fabuleux. Bravo. Des documents que je n'aurais jamais espéré trouver. Super.

Le 10/02/2016 à 15h49, Archives Vendée ; a écrit :

Les Archives de la Vendée vous remercient pour votre sympathique message.

Le 07/04/2016 à 17h57, Robitaille, Marie-Paule a écrit :

Merci de ce propos si bien connu et racontée dans la famille Ragot. C'était toute une épopée que de quitter le Manitoba pour se rendre "chez nous en France" comme le disaient la famille Ragot. Eugène Ragot était le frère aîné de ma mère qui était la seizième de cette famille "vendéenne" de Notre-Dame-de-Lourdes.au Manitoba.

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