L@boratoire des internautes

Que s’est-il passé un jour de mariage à La Chaize-le-Vicomte en 1790

ou comment Gérard, ancien curé de La Ferrière, a t’il rencontré la veuve Savary ? 

  

Le 23 novembre 1790 à La Chaize-le-Vicomte, le curé de la paroisse Saint-Nicolas, Jacques Moreau, prêtre depuis son veuvage, marie sa fille, Marie Anne Michelle Armande ( BMS, 1760-1792, vue 312). Parmi les témoins qui ont signé, figurent Gérard, curé de La Ferrière, et une certaine "veuve Savary". 

  

Ce dernier n’est pas un inconnu. Jean Artarit consacre à Gérard une notice dans le Dictionnaire des Vendéens retraçant en détail son parcours qui sera bientôt celui d’un révolutionnaire acharné. En voici quelques éléments. Curé de La Ferrière depuis 1783, Gérard prête le serment à la Constitution civile du clergé et est élu curé assermenté des Sables-d’Olonne le 22 mai 1791. Le mois suivant, comme président de la Société des Amis de la constitution, il demande à la municipalité des Sables de prendre des mesures contre les émigrés. Le 7 octobre 1793, le représentant en mission Fayau le nomme président du district des Sables et, le même jour, il devient membre du Comité révolutionnaire de la ville. Envoyé à Rochefort par le district, il y abdique la prêtrise le 10 novembre 1793, auprès du représentant Lequinio. Ce même représentant le maintient dans ses fonctions en janvier 1794 alors qu’un arrêté destitue les anciens prêtres de leurs fonctions administratives. Mais venons-en à notre énigme. Gérard vit aux Sables-d’Olonne avec une veuve Savary. 

  

Qui est cette femme ? 

Peut-on l’identifier avec le témoin du mariage de 1790 qui a signé "veuve Savary" ? Et si c’est le cas, a-t-on des témoignages antérieurs de son rapprochement avec Gérard ? 

  

Si un talentueux internaute pouvait m’éclairer, je lui en saurais gré. Merci d'avance. 


Date de publication : 24 octobre 2016

Auteur du billet : Guy David

Liste des commentaires

Le 29/10/2016 à 11h03, Jean Artarit a écrit :

L'acte du 23 novembre 1790 est bien remarquable. Non seulement la fille d'un prêtre se marie, ce qui n'est pas très fréquent, mais l'acte a lieu trois jours avant que l'Assemblée Constituante impose le serment à la Constitution civile du clergé (adoptée le 12 juillet précédent) aux ecclésiastiques.
C'est en janvier 1791 que les curés et vicaires auront à choisir de s'assermenter ou de refuser. Or Jacques Moreau refusera de prêter serment, tout comme Bruhat vicaire de la Ferrière, signataire lui aussi de l'acte. En revanche Gérard, curé de la Ferrière, s'assermentera et deviendra l'un des leaders révolutionnaires les plus outranciers du département. Pourtant c'est à Gérard que Moreau confie le soin de marier sa fille. C'était là une preuve d'amitié et de considération (Moreau et Gérard avaient tous deux siégé à l'assemblée du clergé du Poitou en 1789). Remarquons qu'il ne s'adresse pas à Joseph Garnier, autre futur assermenté, curé de Saint-Jean de la Chaize, qui n'est pas présent au mariage, bien que très très voisin.
A propos de Gérard, le futur Trasybule, qui ne cesse de m'étonner, il est curé de la Ferrière depuis 1783. Il ne quittera cette paroisse qu'en juin 1791, après avoir été élu curé de Notre-Dame des Sables. Avant on trouve sa signature sur le registre de la Ferrière avec celle du vicaire Bruhat et à partir du départ de ce dernier, en décembre 1790, il signe tous les actes.
Je n'avais jamais entendu parler d'une liaison de Gérard avec une "veuve Savary". Mais cette personne devait habiter la Ferrière où elle signe un acte le 17 mai 1791. Elle l'aurait suivi aux Sables ? Qui est-elle?
J'ai toujours été surpris que Gérard ne se soit pas marié l'un des premiers, dès la fin de 1793, et ait attendu 1798. Une liaison précédente, contrariée, pourrait expliquer ce mariage tardif.

Le 29/10/2016 à 11h09, Jean Artarit a écrit :

En regardant mes notes je m'aperçois que Gérard vivait bien aux Sables avec "la veuve Savary", dans la maison curiale, dont il est expulsé en avril 1794. La dame est-elle aussi jetée dehors ?

Le 29/10/2016 à 11h22, Jean Artarit a écrit :

Le 4 floréal an II, la maison curiale des Sables devient la maison commune. "La veuve Savary ira occuper la maison commune actuelle", elle "est dédommagée des frais de déménagement". Délibérations municipales des Sables à la date.

Le 29/10/2016 à 21h29, Marquet a écrit :

Votre veuve Savary était peut-être tout simplement la servante de la cure de la Ferrière, ou, selon le terme consacré "la bonne du curé". Le droit canon règlementait l'âge , le fameux âge canonique ! c'était souvent des veuves, sans attaches familiales. Elle pouvait très bien le suivre dans sa nouvelle paroisse.

Le 29/10/2016 à 22h47, Jean Artarit a écrit :

Il semble qu'il s'agisse, d'après un acte du 30 octobre 1785, passé à la Ferrière, de Marie Madeleine Gogot, veuve Savary, marraine, ce jour-là, alors que le prieur curé, Simon François Gérard, est parrain. Veuve d'André Rocheteau, "poêlier", elle se serait mariée à Luçon (d'où était originaire Gérard), le 11 novembre 1767, avec François Savary, "entreposeur du tabac".
En effet, on peut la considérer comme "la bonne du curé", car en 1785, elle avait sûrement plus de 40 ans, l'âge canonique. Les égards dont elle est l'objet de la part de la municipalité des Sables, en avril 1794, laissent penser qu'elle n'était pas vraiment considérée comme affectivement et physiquement trop proche de l'ineffable Trasybule. Mais... avec ce personnage tout est possible.

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