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Le défaut de taille, valable pour certains et pas pour d'autres dans l'exemption de la conscription militaire en 1809 ?

En consultant les listes de tirage au sort des conscrits de l'année 1809, je constate de nombreuses exemptions pour défaut de taille. Si certaines sont logiques pour les jeunes gens mesurant moins de 1,55 M, beaucoup sont surprenantes, puisque certains dépassent allégrement les 1,65 m. 

Pour quel motif ces derniers sont-ils exemptés "à défaut de taille" ? 

On trouvera les registres de conscription en ligne sur le site des Archives de la Vendée, et celui de la classe 1809 (jeunes gens nés en 1789) sous la cote 1 R 8 (Mettre cette cote dans le moteur de recherche du site, entre guillemets et avec un blanc de part et d'autre du R, puis choisir l'inventaire de la sous-série 1 R-recrutement de l'Armée.) 

A titre d'exemple, voici ce que donne la vue 7/201 de ce registre 

Jacques Naulleau, 1,624 m, laboureur, Chantonnay, incorporé dans le 43e régiment 

Pierre Niou, 26 août 1789, 1,544 m, laboureur, Chantonnay, réformé à défaut de taille 

François Proux, 1,488 m, serrurier, La Jaudonnière, incorporé dans le 43e régiment 

René-Jean Rojet, 1,500 m, laboureur, Chantonnay, incorporé dans le 43e régiment 

Jean-Baptiste Thomas, 1,692 m, maréchal, Saint-André, réformé à défaut de taille 

Pierre Thomas, 1,597 m, laboureur, Chantonnay, réformé pour foible complexion 

Jacques Blanchard, 1,624 m, domestique, Les Essarts, incorporé dans le 43e régiment 

Mathurin Guinaudeau, 1,597 m, laboureur, Chassais, ne s'est pas présenté à la revue de départ 

Pierre Voulard, 1,624 m, laboureur, Chassais, réformé à défaut de taille 

Pierre Couzineau, 1,732 m, tisserand, Chavagne, réformé à défaut de taille 

Mathurin Grignon, 1,705 m, taillandier, Chavagne, incorporé dans le 43e régiment 

Jacques Morteau, 1, 597 m, laboureur, Chavagne, réformé à défaut de taille 

Mathurin Venday, 1,597 m, laboureur, Chavagne, réformé à défaut de taille 

Charles Bonnet, 1,624 m, domestique, Mouilleron, réformé à défaut de taille 

Charles-François Girard, 1,624 m, laboureur, Sainte-Gemme-des-Bruyères, incorporé 


Date de publication : 30 novembre 2013

Auteur du billet : Denis Parpaillon

Liste des commentaires

Le 02/12/2013 à 16h45, MARQUET a écrit :

Dans les registres de recrutement de l'armée de l'an XI à 1806, la case "observations" n'est pas remplie. En 1807-1808 apparaissent les mentions d'enrôlement ou de réforme. Dans le bénéfice de la réforme on trouve les infirmités, les réformés "gratuitement", ceux pour charges de famille etc..Les réformés "à défaut de taille" le sont à moins de 1,544 m conformément au décret de 1804 de Napoléon complétant la Loi Jourdan-Delbrel de 1798. Effectivement en 1809-1810 la toise devient fantaisiste ! Mais en 1811-1812 on retrouve quelques " à défaut de taille " parfaitement conformes à la règle. 1809 est l'année où se multiplient les réfractaires à la conscription, ce qui explique peut-être une certaine complaisance des communes, le défaut de taille devenant le fourre-tout des tire-au-flanc ! Ou alors les administratifs de l'époque ne connaissaient pas le décret !

Le 06/12/2013 à 23h52, Grandclément a écrit :

Complaisance des conseils de révision ? C'est qu'il fallait tout de même fournir le contingent, et la Vendée ne paraît avoir failli sous l'Empire.

Que prévoit exactement le décret de 1804 ?

On peut tout de même se demander avec quelle précision avaient lieu l'examen sous la toise. La page donnée ici en exemple réunit 15 jeunes gens dont cinq ont un un mètre 624 millimètres (car l'on mesure en millimètres, tout à la joie du nouvel usage du système métrique !) et quatre autres un mètre 597 millimètres... En voilà qui sont sans doute sortis "du même moule !"

Dans les "Cahiers du capitaine Coignet", qu'on peut lire sur Gallica, l'auteur raconte comment il put entrer comme sapeur dans la Garde impériale, alors qu'il n'en avait pas la taille. Le général Davout lui-même, recommanda qu'il se procure deux jeux de cartes et qu'il les glisse dans ses bas, ce qui prouve qu'on n'était pas trop rigoureux dans l'usage de la toise...

Le 07/12/2013 à 16h30, MARQUET a écrit :

Le décret de 1804 a été fondu dans celui du 8 Fructidor an 13 (26 Août 1805) relatif à la conscription de l'an 13. Vous pouvez en prendre connaissance sur Gallica et aller directement au tire V "examen des conscrits" vue 292 et suivantes... Les règles sont strictes dans la lettre, mais laissent le champ libre aux passe-droits en tout genre...pour les plus malins ou les mieux lotis familialement ou financièrement.
Bonne lecture !

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